CHRNONIQUE / À Abuja, la CEDEAO n’a pas seulement tenu une énième conférence. Elle a surtout voulu parler clair, fort, et sans ambiguïté. Réunis pour la 69ᵉ session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement, les dirigeants ouest-africains ont envoyé un message politique sans détour : les coups d’État ne seront plus tolérés dans l’espace communautaire.
Dans un contexte régional miné par les ruptures constitutionnelles, la rencontre avait des allures de test de crédibilité. Le président de la Commission de la CEDEAO, Dr Omar Alieu Touray, l’a d’ailleurs rappelé d’entrée : depuis plus d’un demi-siècle, l’organisation se réunit pour préserver la paix, la stabilité et l’intégration. Mais jamais, sans doute, ces principes n’ont été aussi rudement éprouvés. Il a salué le leadership du président sierra-léonais Julius Maada Bio, président en exercice de la Conférence, chargé de tenir la barre dans une mer politique agitée.
Le ton s’est durci lorsque les questions sécuritaires ont été abordées. De la Guinée-Bissau au Bénin, les récents soubresauts ont ravivé le spectre des années noires des putschs à répétition. À Bissau, un processus électoral pourtant jugé crédible a été brutalement interrompu. Au Bénin, une tentative de coup d’État a frôlé le point de rupture. Face à ces menaces, la CEDEAO a voulu montrer qu’elle n’était plus dans l’incantation, mais dans l’action.
Le 7 décembre 2025, diplomatie et force militaire ont été mobilisées pour défendre l’ordre constitutionnel au Bénin. Sous la coordination de Julius Maada Bio, avec l’implication notable de Bola Ahmed Tinubu, John Mahama et Alassane Ouattara, une réponse régionale concertée a permis de faire échec à la tentative de putsch. Pour la CEDEAO, cette réaction rapide se veut une démonstration : la solidarité régionale n’est pas un slogan, mais un instrument opérationnel au service de la démocratie.
Mais Abuja n’a pas été qu’un sommet sécuritaire. Les chefs d’État ont aussi regardé plus loin, conscients que l’avenir de l’intégration ouest-africaine se joue dans un monde en recomposition. Multipolarisme, rivalités géopolitiques, révolution technologique, terrorisme persistant au Sahel : autant de facteurs qui pèsent sur la mise en œuvre de la Vision CEDEAO 2050.
Sur le terrain économique, une annonce a retenu l’attention : la création du Conseil des affaires de la CEDEAO, confié pour sa présidence inaugurale au magnat nigérian Aliko Dangote. L’ambition est claire : stimuler l’investissement intra-régional, mobiliser les capitaux africains et bâtir un partenariat plus structuré entre États et secteur privé. Dans la même logique, l’idée d’un Sommet ouest-africain de l’investissement, présenté comme un « Davos régional », a été évoquée pour suivre les grands projets stratégiques de la sous-région.
Au terme des travaux, Dr Omar Alieu Touray s’est voulu résolument optimiste, affirmant que l’Afrique de l’Ouest a « un avenir prometteur », à condition de rester fidèle à ses principes. À Abuja, la CEDEAO a surtout rappelé une évidence : sans stabilité politique et respect de l’ordre constitutionnel, il n’y aura ni intégration crédible, ni prospérité partagée.
Algassimou L Diallo





































