Édito
La Guinée-Bissau retient son souffle. Depuis le putsch qui a interrompu le processus électoral du 23 novembre, le pays vit sous respiration assistée, en attente d’un cap politique clair. C’est dans ce climat de crispation qu’une mission de haut niveau de la CEDEAO, conduite par Julius Maada Bio, président de la Sierra Leone et président en exercice de l’organisation, a foulé le sol bissau-guinéen. L’objectif : obtenir la publication des résultats de la présidentielle avortée et la libération immédiate des acteurs politiques détenus.
À Bissau, ce lundi, les échanges ont été intenses — et révélateurs. Au cœur des discussions : la restauration de l’ordre constitutionnel, le dénouement électoral et la fin des arrestations arbitraires. Les lignes semblent avoir bougé, mais pas suffisamment pour lever toutes les inquiétudes.
« Les discussions ont été très fructueuses », a assuré le chef de la diplomatie sierra-léonaise, Aladji Moussa Timothy Travers. Les militaires, eux, persistent et signent : ils disent avoir pris le pouvoir pour « restaurer l’ordre et la sécurité ». Une justification désormais classique dans la région, mais qui peine à convaincre au-delà des casernes.
Du côté du gouvernement bissau-guinéen, João Bernardo Vieira, ministre des Affaires étrangères, vante la qualité du dialogue. Il évoque une réunion « productive », où le Haut Commandement militaire a exposé les raisons du putsch, tandis que la CEDEAO affichait sa volonté de ne pas abandonner le pays aux turbulences.
Les militaires proposent une transition d’un an. Une durée qui devra être avalisée ou non par les chefs d’État de la région lors de leur sommet du 14 décembre. Une concession minimale, en somme, qui ressemble davantage à une demande de temps qu’à une véritable feuille de route.
Reste la question explosive des résultats de la présidentielle. La CEDEAO en fait un test de crédibilité. Une rencontre avec la Commission nationale électorale doit avoir lieu pour obtenir les « données réelles du processus électoral ». Une promesse qui pourrait enfin répondre à la question que tout un pays chuchote : qui a gagné le scrutin du 23 novembre ?
À cela s’ajoute une exigence ferme et non négociable : la libération des responsables politiques arrêtés. Une condition essentielle pour renouer avec un semblant de normalité démocratique.
La CEDEAO, encore une fois, joue les pompiers d’une crise institutionnelle dans une région fatiguée des ruptures de régime. Mais cette fois, l’organisation promet de rester « aux côtés de la Guinée-Bissau en ce moment très difficile ». Reste à savoir si, face à une armée qui joue la montre, la pression diplomatique suffira à faire basculer le pays vers un retour à l’ordre constitutionnel.






































