Plusieurs milliers de personnes ont manifesté, le 23 janvier à Minneapolis, contre les opérations de la police américaine de l’immigration (ICE) et la politique migratoire de Donald Trump. Depuis décembre, une vaste campagne d’arrestations alimente la colère et la peur au sein de la population, jusqu’à l’appel à un « blackout économique » en soutien au mouvement.
Avec notre envoyé spécial à Minneapolis, Edward Maille
Au cœur du centre-ville, entre les immeubles de verre et d’acier, le cortège s’étire sur plusieurs rues. Pancartes brandies, slogans scandés, drapeaux déployés : la mobilisation est massive. Les manifestants dénoncent à la fois les opérations de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) et la ligne dure imposée par l’administration Trump.
Parmi eux, Lisa ne lâche pas son sifflet. Elle l’utilise pour prévenir les habitants lorsqu’elle pense repérer des agents de l’ICE. « Pourquoi sont-ils ici ? Parce que le gouvernement Trump déteste tout ce que représente le Minnesota. Tout ce qui est bon et juste », lâche-t-elle, amère.
Crainte d’un basculement autoritaire
La colère s’accompagne d’une inquiétude profonde. Tom Hein redoute un tournant historique : « Le pays se dirige vers l’Allemagne nazie des années 1930. Si vous n’êtes pas blanc, il faut montrer vos papiers pour sortir. Ils mettent des gens en cage, arrêtent des enfants. Et ils ne respectent même pas la loi. »
Autour de lui, certains manifestants dansent en cercle, comme pour conjurer la peur. Crist, citoyen américain né au Mexique, brandit un drapeau de son pays d’origine. Il remercie la foule d’être venue soutenir les communautés ciblées par les arrestations.
Une victime devenue symbole
Crist rend également hommage à Renee Good, tuée le 7 janvier lors d’une intervention de l’ICE. « Pour ce qu’elle a fait pour nous, nous ne l’abandonnerons pas. Nous nous battrons pour elle jusqu’à ce que ça s’arrête », promet-il. Malgré le froid, il jure de rester mobilisé : « Peu importe la météo, nous resterons unis. L’Amérique est un grand pays. »
L’ICE au cœur des hôpitaux
La présence de la police de l’immigration dans des lieux sensibles cristallise la colère. Ethan Wolk, infirmier de 28 ans, dénonce des pratiques qu’il juge illégales : « Ils font de la discrimination au faciès, des fouilles et des saisies illégales. C’est contraire à la loi, mais ils prétendent bénéficier d’une immunité, avec le soutien du gouvernement. »
Selon lui, les hôpitaux ont reçu des consignes strictes. Le personnel ne peut ni bloquer physiquement les agents ni s’interposer, même en cas d’abus. « Nous pouvons seulement leur dire que ce qu’ils font n’est pas correct. Ils n’ont pas le droit d’entrer dans les chambres ou dans des espaces privés réservés aux patients. Mais aujourd’hui, ils s’en moquent », déplore-t-il.
Vers une mobilisation durable
Depuis décembre, l’ICE mène ce que les autorités présentent comme la plus vaste opération de ce type à ce jour. En réponse, les manifestants appellent les commerces à fermer pour un « blackout économique », espérant transformer la colère de la rue en pression politique.
À Minneapolis, la mobilisation dépasse le simple cadre local. Elle s’inscrit dans un mouvement national de contestation, où la politique migratoire devient l’un des fronts les plus explosifs de la vie politique américaine.
RFI






































