À peine inauguré, déjà controversé. L’échangeur de Bambeto, dévoilé le 15 novembre par le président Mamadi Doumbouya, n’a pas seulement modifié la physionomie de l’un des carrefours les plus congestionnés de Conakry : il a aussi relancé, comme souvent, la petite guerre des mots et des interprétations sur les réseaux sociaux. Pour certains internautes, l’ouvrage n’est qu’un « simple pont ». Une réduction que le ministre des Transports, Ousmane Gaoual Diallo, n’a pas laissée passer.
Dans un pays où chaque chantier devient un terrain politique, Diallo a tenu à remettre les choses à leur place. « Un pont enjambe un obstacle ; un échangeur permet d’aller dans plusieurs directions », tranche-t-il. Manière subtile de rappeler que Bambeto n’est pas qu’une structure posée sur du béton, mais une architecture pensée en trois dimensions, conçue pour fluidifier des flux urbains devenus ingérables. Ceux qui n’y voient qu’un pont « regardent en deux dimensions », ironise le ministre.
Mais au-delà du débat sémantique, un autre message plus politique celui-là, s’est glissé dans la cérémonie. Une minute de silence a été observée en mémoire des victimes de la répression en Guinée. Un geste jugé fort par le ministre, qui y voit la preuve que « pas après pas », le chef de l’État cherche à inscrire son action dans une logique de réconciliation nationale.
Reste l’ouvrage lui-même, financé à hauteur de 339 milliards GNF grâce à la coopération guinéo-koweïtienne. Un échangeur complet : un passage souterrain de 253 mètres, un viaduc de 261 mètres, un giratoire à quatre bretelles en 2×2 voies, et deux kilomètres de route bitumée reliant l’aéroport à Bambeto. Un investissement massif, une reconfiguration majeure de la T2, et il faut le reconnaître un changement visible dans le quotidien des usagers.
Alors, pont ou échangeur ? Le pays a besoin d’infrastructures, mais il a tout autant besoin de confiance, de transparence et de symboles. Bambeto est peut-être les trois à la fois.
Abdoul Chaolis Diallo






































