Il y a des phrases qui dépassent le protocole et s’installent durablement dans la conscience collective. Ce samedi 17 janvier 2026, au stade Général Lansana Conté de Nongo, l’une d’elles est tombée avec le poids d’un avertissement républicain : « Le serment donne à la parole une valeur morale, religieuse ou juridique. » En une formule, le procureur général près la Cour suprême, Sidy Souleymane N’Diaye, a rappelé au président nouvellement investi que le pouvoir, en Guinée, n’est plus censé être une promesse flottante, mais un engagement juridiquement contraignant.
Élu le 28 décembre dernier, Mamadi Doumbouya a officiellement été investi pour un mandat de sept ans devant une assemblée impressionnante : chefs d’État africains, représentants d’institutions internationales, partenaires étrangers et une forte mobilisation citoyenne. Mais au cœur de cette solennité, la justice a tenu à occuper toute sa place. Non comme une invitée de circonstance, mais comme l’instance qui encadre, limite et rappelle le sens de l’autorité.
Dès l’ouverture de l’audience de prestation de serment, le ministère public a donné le ton. Sidy Souleymane N’Diaye n’a pas livré un discours de convenance. Il a parlé d’histoire, de Constitution et de responsabilité. Il a inscrit cette journée du 17 janvier 2026 parmi « les moments qui s’écrivent en lettres d’or » dans la vie d’une nation, tout en rappelant que la solennité de l’instant trouve sa source dans l’article 59 de la Constitution : nul président ne peut entrer en fonction sans passer par l’épreuve du serment devant la Cour.
Mais l’essentiel de son propos réside ailleurs. En s’attardant sur la notion même de serment, le procureur général a replacé la parole présidentielle dans un cadre rarement aussi clairement exposé. Le serment, a-t-il insisté, n’est ni un rituel vide ni une simple formalité. Il est une promesse solennelle faite devant une autorité, engageant celui qui la prononce à dire la vérité, à exercer ses fonctions avec fidélité et à respecter la loi. Et surtout, il est sanctionné.
Ce rappel n’est pas anodin dans un pays où la parole politique a longtemps souffert d’inflation et de dévaluation. En affirmant que le serment confère à la parole une valeur morale, religieuse et juridique, la justice guinéenne pose un principe fondamental : désormais, gouverner, c’est accepter d’être lié par le droit. Pas au gré des circonstances, mais en permanence.
À travers cet avertissement solennel, Sidy Souleymane N’Diaye a également tracé une ligne rouge. En jurant de respecter la Constitution, le président de la République s’engage à promouvoir et à protéger les libertés publiques et les droits fondamentaux. Ce passage, qualifié de « très important » par le procureur lui-même, sonne comme une boussole pour le mandat qui s’ouvre. Il rappelle que l’autorité de l’État ne vaut que si elle s’exerce dans le respect des droits et sous le contrôle de la loi.
En filigrane, la justice dit aussi qu’elle observe, qu’elle attend, et qu’elle jugera. « La justice sait compter sur vous », a conclu le procureur général, dans une formule à la fois confiante et exigeante. Une confiance qui n’est ni un blanc-seing ni une complaisance, mais une invitation à faire du droit la colonne vertébrale de l’action présidentielle.
Ce jour-là, à Nongo, au-delà des discours et des symboles, un message clair a été adressé au président Doumbouya : le pouvoir commence par une parole donnée, mais il se mesure, demain, à la capacité de la tenir.
Barry Arbaba





































