La décision est tombée comme un coup de tonnerre dans une affaire emblématique de la lutte contre la délinquance financière. L’ancien directeur général des Impôts, Mory Camara, détenu depuis juin 2025, a retrouvé lundi 8 décembre la liberté une liberté étroite, surveillée, et surtout politiquement lourde de sens.
Sa remise en liberté, ordonnée par la chambre de l’instruction de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), n’a rien d’une absolution. Hospitalisé à l’hôpital de l’Amitié sino-guinéenne de Kipé, il a regagné son domicile le jour même, mais avec un dispositif de contrôle judiciaire qui dit tout de la prudence ou de la méfiance des juges : interdiction de quitter Conakry sans autorisation, obligation de se présenter chaque semaine au greffe, confiscation des documents de voyage, déclaration obligatoire de tout changement d’adresse. À la moindre entorse, la détention le guette de nouveau.
Car l’affaire est loin d’être close. Le parquet spécial accuse Mory Camara d’avoir accordé des avantages fiscaux hors normes à deux entreprises : ramener l’impôt d’ASHAPORA de 800 milliards à 17 milliards GNF, et celui de SMFG de 600 milliards à 6 milliards. Des chiffres vertigineux, qui soulèvent autant de questions sur le fonctionnement de l’administration fiscale que sur les réseaux d’influence qui la traversent.
Cette libération sous conditions intervient alors que la CRIEF est scrutée, critiquée, parfois félicitée, mais toujours attendue sur sa capacité à aller au bout des dossiers. Elle devra désormais démontrer que justice ne rime ni avec pression politique, ni avec lenteur procédurale, mais avec rigueur et vérité.
Pour l’heure, un homme est dehors mais l’ombre du dossier reste entière. Et avec elle, l’interrogation fondamentale : jusqu’où la Guinée veut-elle réellement aller dans la lutte contre les crimes économiques ?
Saliou Keita avec enquête224






































