La remise en liberté de Dr Kassory Fofana, ancien Premier ministre de la Guinée, continue d’alimenter les débats dans l’opinion publique. Alors que la décision a été annoncée par la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), le procureur spécial, Aly Touré, est sorti de son silence pour justifier cette mesure qui suscite interrogations et controverses.
Face aux journalistes, le magistrat a tenu à clarifier : il ne s’agit ni d’un recul de la justice ni d’un privilège accordé à l’ancien chef du gouvernement. Selon lui, la décision s’inscrit dans une logique strictement humanitaire.
« C’est un prévenu hospitalisé depuis son incarcération à la maison centrale. Il a développé plusieurs pathologies et a été pris en charge par l’État pendant plusieurs années. C’est par humanisme que nous avons sollicité sa remise en liberté afin qu’il puisse poursuivre les soins tout en continuant la procédure judiciaire », a expliqué le procureur.
Cette décision marque toutefois un tournant financier pour l’État guinéen. Désormais, l’ancien Premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana, devra assumer lui-même l’ensemble de ses frais médicaux. Pendant toute la durée de son hospitalisation, ces dépenses étaient supportées par le Trésor public.
Et la facture est lourde. Selon les estimations avancées par le procureur, plus de 15 milliards de francs guinéens auraient été déboursés par l’État pour assurer la prise en charge médicale de l’ancien dignitaire, notamment à la Clinique Pasteur, où il demeure toujours hospitalisé.
Interrogé sur l’éventualité d’une évacuation sanitaire à l’étranger, comme cela arrive parfois dans certains dossiers sensibles, Aly Touré s’est montré prudent. Une telle décision, a-t-il souligné, ne relève pas de ses prérogatives. Sa mission se limite au suivi du processus judiciaire.
Car la liberté accordée à Kassory Fofana reste strictement conditionnelle. Le procureur rappelle que cette mesure n’efface ni la procédure ni les obligations judiciaires de l’ancien Premier ministre. En cas de violation des mesures de sûreté, sa liberté pourrait être immédiatement révoquée.
« S’il ne respecte pas les conditions fixées, il pourrait être repris », a averti le magistrat.
Condamné en première instance à quatre ans de prison, assortis d’importantes réparations financières envers l’État guinéen pour des faits présumés de détournement et de malversations, Kassory Fofana reste au cœur d’un dossier emblématique de la lutte contre la corruption engagée par la CRIEF.
Mais au-delà de la dimension judiciaire, cette affaire soulève une question plus large : jusqu’où l’État doit-il aller dans la prise en charge médicale de ses anciens dirigeants poursuivis par la justice ? Entre humanité et responsabilité financière, la frontière reste fragile et le débat, lui, loin d’être clos.
Sibé Fofana






































