La sentence est tombée comme un couperet au tribunal de Kaloum. La vlogueuse Mariame Ciré, plus connue sous le pseudonyme de MC Bangoura, a été lourdement condamnée ce mercredi 17 décembre 2025 pour offense au chef de l’État. Cinq ans de prison, dont deux assortis de sursis, une amende de 20 millions de francs guinéens, l’interdiction de toute activité sur les réseaux sociaux pendant cinq ans, le bannissement définitif de TikTok et la confiscation de son téléphone : rarement une décision judiciaire aura autant marqué les esprits dans l’univers numérique guinéen.
Très suivie sur les réseaux sociaux pour ses prises de position tranchées et souvent provocatrices, MC Bangoura était poursuivie pour une vidéo dans laquelle elle aurait proféré des injures et des menaces à l’encontre du président de la transition, le général Mamadi Doumbouya. À la barre, la prévenue a pourtant nié les faits qui lui étaient reprochés. Une ligne de défense mise à mal par la projection, en pleine audience, de la vidéo incriminée, découpée en trois séquences et visionnée publiquement dans la salle.
Le ministère public n’avait pas fait dans la demi-mesure. Le procureur Biwon Millimouno avait requis une peine de cinq ans d’emprisonnement ferme, assortie d’une amende de 100 millions de francs guinéens, ainsi que des sanctions complémentaires inédites : publication de la décision judiciaire sur toutes les plateformes de la prévenue et confiscation de son téléphone. Si le tribunal n’a pas suivi l’intégralité de ces réquisitions financières, il a néanmoins validé l’essentiel de l’arsenal répressif.
Au-delà du cas MC Bangoura, ce verdict soulève une question plus large et profondément politique : jusqu’où peut aller la liberté d’expression à l’ère des réseaux sociaux en Guinée ? La lourdeur de la peine, combinant prison, sanctions financières et bannissement numérique, envoie un message clair aux influenceurs et activistes en ligne : les réseaux sociaux ne sont plus une zone de non-droit.
Saliou Keita






































