La décision de la Cour suprême de rejeter la candidature d’Aboubacar Sidiki Diakité, dit Toumba, n’a rien d’anodin. Elle soulève, au-delà du cas personnel de l’ancien aide de camp de Dadis Camara, une question fondamentale : que vaut le droit, lorsque l’État lui-même faillit à ses propres obligations ?
Condamné pour crimes contre l’humanité, Toumba Diakité est aujourd’hui derrière les barreaux. Et pourtant, depuis sa cellule, il a tenté de transformer sa réclusion en tribune politique. La création du Parti pour la Réconciliation et le Travail (PRT) symbolisait pour certains un désir de rédemption, pour d’autres une provocation morale. Mais une chose est sûre : sa candidature, même controversée, témoignait de la complexité du rapport entre justice, politique et mémoire collective en Guinée.
Ses avocats, Me Lanciné Sylla et Me Paul Yomba Kourouma, n’ont pas mâché leurs mots. À leurs yeux, le rejet de la candidature de leur client ne relève pas d’un manquement juridique, mais d’un dysfonctionnement administratif. L’État, accusent-ils, n’a pas mis en place le collège médical chargé de délivrer le certificat exigé pour valider les candidatures. Et voilà comment une faille institutionnelle devient un couperet politique.
“À l’impossible, nul n’est tenu”, a rappelé Me Sylla. Une phrase lourde de sens dans un pays où les institutions peinent à garantir l’égalité devant la loi. Car ce dossier met en lumière une vérité dérangeante : quand l’État n’assume pas ses responsabilités, c’est le citoyen – même derrière les barreaux – qui en paie le prix.
Me Kourouma, lui, a joué la carte symbolique. Il décrit un Toumba transformé, charismatique, presque messianique. “Ambassadeur de la paix”, “homme de l’année”, “roi de la sape” : les mots sont forts, presque déroutants. Mais ils traduisent une réalité politique que nul ne peut ignorer : depuis sa prison, Toumba Diakité continue de fasciner, d’inspirer, et d’organiser. Son parti, affirme-t-il, s’étend sur l’ensemble du territoire national.
Faut-il pour autant réhabiliter le militaire condamné ? La question divise. Mais une chose est certaine : la Guinée ne peut se construire sur un État de droit à géométrie variable. Si l’administration refuse à un citoyen-fût-il controversé – les moyens légaux d’exercer ses droits, c’est tout l’édifice démocratique qui vacille.
La Cour suprême, en confirmant ce rejet, a certes appliqué la lettre de la loi. Mais l’esprit, lui, semble avoir été oublié. La justice, pour être respectée, doit être crédible. Et dans cette affaire, elle laisse derrière elle un goût amer : celui d’un État qui réclame l’ordre, mais oublie la justice.
Saliou Keita






































