Chronique.
À peine les cartons de la Primature rangés que le jeu politique reprend ses droits. En Guinée, le pouvoir ne laisse jamais longtemps ses hommes clés sur la touche. Amadou Oury Bah en est la parfaite illustration. Au lendemain de la démission de son gouvernement, l’ancien Premier ministre se voit confier par le président Mamadi Doumbouya une mission autrement plus stratégique : structurer et muscler la Génération pour la Modernité et le Développement (GMD), la mouvance politique appelée à porter l’élan du régime dans les futures batailles électorales, à commencer par les législatives.
Le timing n’a rien d’anodin. Officiellement, la démission de Bah Oury et de son équipe répond aux exigences constitutionnelles. Officieusement, elle ouvre une nouvelle séquence, plus politique que gouvernementale. Car si Amadou Oury Bah est le leader de l’UDRG, il devient désormais l’architecte d’un mouvement qui a accompagné l’ascension de Mamadi Doumbouya et qui ambitionne de s’imposer durablement dans le paysage institutionnel.
Dans un communiqué au ton feutré mais révélateur, le ministre secrétaire général et porte-parole de la Présidence, le général Amara Camara, a tenu à rassurer sur la continuité de l’État : véhicules de fonction, domiciles et dispositifs de sécurité sont maintenus pour le Premier ministre et les ministres démissionnaires, le temps que le nouveau gouvernement prenne forme. Une transition en douceur, presque cérémonielle, qui masque à peine les recompositions en cours.
Mais l’essentiel est ailleurs. La mission confiée à Bah Oury est claire : faire grandir la GMD, la structurer, la déployer progressivement et la préparer aux prochaines échéances électorales. En d’autres termes, bâtir la colonne vertébrale politique du pouvoir Doumbouya à l’heure où la Guinée s’apprête à renouer avec une vie parlementaire.
Dans les cercles politiques, les spéculations vont bon train. Beaucoup voient déjà en Amadou Oury Bah un sérieux prétendant à la présidence de la future Assemblée nationale, une fois les législatives passées. Fin stratège, rompu aux arcanes du pouvoir, il est crédité d’un rôle déterminant dans la réussite du référendum constitutionnel et de l’élection présidentielle qui ont consolidé le mandat de Mamadi Doumbouya.
Ses détracteurs, eux, parlent d’un homme qui a su neutraliser ses adversaires au sein même de l’appareil gouvernemental, renforçant méthodiquement sa position. Ses partisans y voient plutôt la marque d’un tacticien efficace, capable de lire le rapport de force et d’agir en conséquence.
Une chose est sûre : en quittant la Primature pour investir le terrain politique, Amadou Oury Bah ne sort pas du jeu. Il change simplement de plateau. Et dans la Guinée post-transition, la bataille la plus décisive pourrait bien se jouer non plus au Conseil des ministres, mais dans l’hémicycle à venir.
Sibé Fofana





































