Chronique
Nous sommes aujourd’hui 31 décembre 2025. Les urnes ont parlé — ou du moins, elles se sont tues — et la Guinée se réveille avec une question lancinante : que restera-t-il réellement du scrutin présidentiel de ce dimanche ? Quatre ans après le putsch du 5 septembre 2021, le pays vient de boucler un cycle que les autorités qualifient de « transition réussie », pendant que ses détracteurs y voient une parenthèse refermée sans véritable débat démocratique.
Dimanche, dès l’aube, Conakry et les grandes villes de l’intérieur ont vécu sous le regard vigilant des forces de sécurité. Barrages, patrouilles, uniformes omniprésents : près de 12 000 policiers ont été déployés. Une atmosphère plus proche de la surveillance que de la fête civique. Officiellement, il s’agissait de prévenir tout débordement. Officieusement, beaucoup y ont vu le symbole d’un scrutin tenu sous contrôle étroit.
Le général Mamadi Doumbouya, figure centrale de cette transition, s’est présenté devant les électeurs comme l’homme du retour à l’ordre constitutionnel. Mais peut-on réellement parler de compétition électorale lorsque l’opposition est affaiblie, fragmentée, parfois réduite au silence ? Huit autres candidats étaient certes en lice, mais aucun n’a incarné une alternative capable d’ébranler sérieusement l’homme fort de Conakry. Pour ses critiques, le match semblait joué d’avance.
Le cadre institutionnel du scrutin lui-même continue de diviser. La nouvelle Constitution, adoptée par référendum en septembre dernier, a levé l’interdiction faite aux dirigeants militaires de briguer la présidence et porté la durée du mandat de cinq à sept ans. Un texte validé à une large majorité officielle, mais boycotté par une partie de la classe politique, qui y voit une réforme taillée sur mesure pour pérenniser le pouvoir en place.
Depuis 2021, les alertes se sont accumulées : enlèvements de voix critiques, restrictions des libertés publiques, pressions sur la presse, dissolution de plus de 50 partis politiques au nom du « nettoyage de l’échiquier politique ». Autant de signaux qui ont nourri, au fil des mois, le doute sur la nature réelle de la transition.
Pourtant, réduire ce scrutin à un simple affrontement politique serait ignorer l’essentiel : la détresse sociale. Malgré ses richesses minières — la Guinée demeure le premier exportateur mondial de bauxite — plus de la moitié de la population vit toujours dans la pauvreté et l’insécurité alimentaire, selon le PAM. Dans les files d’attente devant les bureaux de vote, ce sont surtout ces préoccupations qui dominaient.
Mohamed Damaro Camara, 38 ans, rencontré dimanche à Conakry, résume mieux que tous les discours l’état d’esprit d’une génération entière : « Ce vote, c’est l’espoir des jeunes. J’ai un diplôme, mais pas de travail depuis cinq ans. Je survis avec des petits boulots. J’espère que ça va changer quelque chose. » Son espoir, fragile mais tenace, dépasse les querelles de palais.
En cette fin d’année, la Guinée se retrouve donc à la croisée des chemins. Le scrutin est passé, les résultats sont attendus, mais la vraie épreuve commence maintenant. Entre promesse de stabilité, exigence de démocratie et urgence sociale, le pays n’a plus le luxe des transitions sans lendemains clairs. Les urnes ont fermé dimanche. Reste à savoir si elles ouvriront enfin la voie à un avenir partagé.
Check Ahmed Youla






































