En politique, le silence est parfois plus éloquent que les discours. Ce dimanche 31 août 2025, à la Maison de la Presse de Conakry, l’ancien Premier ministre Bernard Goumou a pris la parole pour lever toute ambiguïté : il n’y a pas de fracture entre lui et le Général Mamadi Doumbouya. Bien au contraire, il revendique une loyauté assumée envers l’actuel chef de l’État, affirmant entretenir avec lui des rapports « cordiaux » et « sincères ».
Dans un climat où la moindre rumeur de dissension au sommet peut nourrir l’instabilité, ce message sonne comme un acte politique calculé : rassurer, apaiser, mais aussi rappeler sa place dans l’histoire récente de la transition.
Ancien chef du gouvernement de juillet 2022 à février 2024, Goumou connaît mieux que quiconque le poids des charges de l’exécutif. Loin d’une critique frontale, il a préféré souligner la difficulté de « gouverner dans des conditions souvent éprouvantes », saluant au passage ceux qui, aujourd’hui, tiennent les rênes de l’État. Une façon de s’inscrire dans une continuité institutionnelle, sans se laisser entraîner dans la polémique.
Ce refus de commenter l’action gouvernementale actuelle, qu’il justifie par un « devoir de réserve », n’est pas anodin. Il traduit à la fois un respect des usages républicains et une stratégie personnelle : rester dans l’ombre tout en maintenant une parole mesurée, mais audible.
On se souvient qu’à sa nomination, en 2022, Bernard Goumou avait pour mission de stabiliser une transition née dans la rupture. Son mandat, marqué par le pragmatisme, fut axé sur la réforme administrative, le dialogue avec les forces vives et la relance économique. Aujourd’hui, son intervention s’apparente à un rappel : celui de la nécessité d’une gouvernance apaisée, où la loyauté et la continuité institutionnelle priment sur la division.
Dans une Guinée encore en quête d’équilibre démocratique, la posture de Goumou en dit long. Elle illustre une conception rare de la politique dans nos contrées : celle où l’ancien Premier ministre préfère tendre la main plutôt que de se poser en opposant. Mais elle soulève aussi une question : dans ce jeu de loyauté affichée, s’agit-il d’un véritable engagement pour la stabilité nationale ou d’une stratégie discrète de repositionnement pour l’avenir ?
Fatimatou Diallo






































