La sortie d’Alpha Boubacar Bah n’a rien d’anodin. Elle sonne comme un acte de rupture assumé, presque revendiqué, avec une génération politique qui, depuis des décennies, occupe le devant de la scène guinéenne. En affirmant sans détour que « la Guinée ira mieux sans eux », le directeur général adjoint de l’Agence nationale des rénovations urbaines (ANRU) vise directement trois figures majeures de l’opposition historique : Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré et Lansana Kouyaté.
Derrière la formule, provocatrice à dessein, se dessine une thèse claire : le temps politique de ces leaders serait arrivé à son terme. Alpha Boubacar Bah ne les renie pas, ne les insulte pas, et prend même soin de rappeler le respect qui leur est dû. Mais le message est sans ambiguïté : « Ils ont fait leur temps ». Une manière polie de dire que la page doit être tournée.
Le retour à l’ordre constitutionnel comme point final
L’argument central avancé est celui du retour à l’ordre constitutionnel. Pendant des années, ces leaders ont martelé cette exigence, souvent dans la rue, parfois dans la confrontation. Aujourd’hui, selon Alpha Boubacar Bah, l’objectif est atteint : un président élu, une Constitution adoptée, et des institutions en voie de mise en place. Dès lors, leur combat historique perdrait sa raison d’être.
Cette lecture, contestable pour certains, s’inscrit néanmoins dans une vision qui privilégie la stabilité et la reconstruction plutôt que la confrontation politique permanente. À l’entendre, l’heure n’est plus aux luttes de personnes, mais à la construction nationale.
Place aux nouveaux visages
C’est ici que la chronique prend une dimension générationnelle. Alpha Boubacar Bah assume une rupture nette avec ce qu’il appelle, non sans ironie, les « dinosaures » de la politique guinéenne. Il plaide pour l’émergence de nouveaux acteurs, y compris dans l’opposition, citant Abdoulaye Yéro Baldé, Faya Milimouno et d’autres figures montantes.
Le propos, parfois brutal, reflète un ras-le-bol largement partagé dans une partie de l’opinion : peut-on continuer à confier l’avenir d’un pays majoritairement jeune à des dirigeants âgés de 75, 80 voire 90 ans ? Pour Alpha Boubacar Bah, la réponse est clairement non. La politique ne peut être un héritage figé depuis 1958.
Mamadi Doumbouya, la promesse de la surprise
Au cœur de cette chronique se trouve aussi une foi assumée dans le président Mamadi Doumbouya. Alpha Boubacar Bah en est convaincu : le chef de l’État « surprendra positivement » les Guinéens, y compris ses opposants les plus farouches. Il évoque une gouvernance tournée vers la stabilité, la réconciliation et l’unité nationale, loin des règlements de comptes.
Même lorsqu’il aborde la question sensible des anciens dignitaires incarcérés, comme Dr Ibrahima Kassory Fofana, le discours se veut institutionnel. Pas de traitement de faveur, dit-il, malgré les liens personnels. La justice doit suivre son cours, désormais appuyée par un cadre constitutionnel clair.
Entre rupture et pari national
En filigrane, cette prise de position pose une question essentielle : la Guinée est-elle réellement prête à tourner la page de ses figures tutélaires, ou s’agit-il d’un discours de circonstance, porté par l’euphorie du pouvoir retrouvé ? La rupture générationnelle est séduisante sur le papier, mais elle devra se traduire par des résultats concrets, inclusifs et durables.
Alpha Boubacar Bah conclut sur une note d’unité, affirmant que le « bas-peuple » est déjà réconcilié. Reste à savoir si la classe politique, ancienne comme nouvelle, saura l’être aussi. Car au-delà des noms et des âges, c’est la capacité à gouverner autrement qui déterminera si la Guinée ira réellement mieux avec ou sans ses figures historiques.
Algassimou L Diallo





































