La décision est aussi brutale que lourde de conséquences. Dans un arrêté publié dans la nuit du 7 mars 2026, le Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD) a prononcé la dissolution d’une quarantaine de partis politiques pour « manquements à leurs obligations légales ». Une mesure qui frappe au cœur même du pluralisme politique en Guinée.
Parmi les formations visées figurent des acteurs majeurs de la vie politique nationale : l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), le Rassemblement du Peuple de Guinée Arc-en-ciel (RPG AEC), l’Union des Forces Républicaines (UFR), ou encore le Parti de l’Unité et du Progrès (PUP). À leurs côtés, une série d’autres formations comme Génération Citoyenne (GECI), le Rassemblement pour le Développement Intégré de la Guinée (RDIG) ou le Parti AFIA disparaissent également du paysage politique officiel.
Sur le plan administratif, l’argument avancé par le MATD repose sur le non-respect des obligations légales imposées aux partis politiques : fonctionnement statutaire, obligations administratives ou conformité aux dispositions réglementaires. Mais au-delà de la justification juridique, c’est la portée politique de cette décision qui suscite interrogations et débats.
Car la mesure est radicale. Toutes les activités politiques menées au nom des partis dissous sont désormais interdites sur l’ensemble du territoire national, y compris dans les missions diplomatiques guinéennes à l’étranger. Les sigles, logos et symboles de ces formations sont proscrits. Plus encore, les sièges nationaux et les représentations locales de ces partis ont été placés sous scellés.
Une telle décision soulève inévitablement une question fondamentale : s’agit-il d’une opération d’assainissement du paysage politique ou d’une recomposition forcée de l’espace démocratique ? Dans un pays où les partis politiques constituent l’un des piliers du débat public, la disparition administrative de dizaines d’organisations dont certaines historiques pourrait profondément redessiner les équilibres politiques.
Officiellement, les autorités invoquent la nécessité de mettre de l’ordre dans un paysage partisan souvent jugé pléthorique et peu structuré. Mais pour de nombreux observateurs, la disparition simultanée d’autant de formations politiques constitue un tournant majeur qui pourrait marquer une nouvelle phase de la vie politique guinéenne.
Au-delà des considérations juridiques, c’est donc l’avenir du pluralisme politique en Guinée qui se retrouve aujourd’hui au centre du débat. Une chose est certaine : après ce séisme institutionnel, le paysage partisan du pays ne sera plus jamais le même.
Sibé Fofana




































