Il est des alliances que l’histoire regarde d’abord avec scepticisme avant de les consacrer. Celle entre le Président Mamadi Doumbouya et Bah Oury appartient désormais à cette catégorie rare où l’improbable devient évidence, où la dissonance initiale se mue en harmonie durable. Deux hommes, deux âges, deux parcours que tout semblait opposer, mais qu’un même sens de l’État a fini par unir au service de la Guinée.
Le Général Doumbouya, surgissant de l’histoire par l’acte fort et la rupture assumée, portait le poids des attentes et la lourde charge de refonder. Bah Oury, lui, venait de loin. De la rue politique, de l’exil, des combats civiques, des tempêtes de l’opposition. Peu imaginaient que ce militant d’hier deviendrait l’architecte patient d’un pouvoir de transition. Et pourtant.
Là où d’autres se sont heurtés au mur de la défiance ou se sont perdus dans l’éphémère, Bah Oury a tenu. Par la retenue plutôt que par le fracas. Par la constance plutôt que par l’agitation. Il a fait de la Primature non un poste de passage, mais un point d’ancrage. De la fragilité supposée, il a tiré une force tranquille. De la méfiance ambiante, il a bâti la confiance.
Face à lui, Mamadi Doumbouya n’a pas seulement vu un Premier ministre. Il a reconnu un compagnon de gouvernance. Un homme d’expérience pour tempérer l’élan, structurer l’action, donner un cap lisible à la transition. Ensemble, ils ont appris à conjuguer l’audace du soldat et la sagesse du politique, la verticalité de l’autorité et l’horizontalité du dialogue.
Février 2024 marquait un tournant. La machine étatique toussait, l’image du pays vacillait, les ambitions – Simandou en tête – exigeaient crédibilité et méthode. Bah Oury a pris la mesure du moment, encaissé les coups, absorbé les tensions, et avancé. Sans bruit, mais avec fermeté. Pendant que le Président traçait la vision, le Premier ministre en assurait la respiration.
Aujourd’hui, le temps du bilan s’impose. Les échéances ont été franchies, les lignes stabilisées, la confiance éprouvée par le temps. Ce qui devait être un mariage de circonstance est devenu un compagnonnage politique. Dans ce duo que beaucoup annonçaient fragile, c’est finalement le miel de la complémentarité qui a triomphé du cidre de la discorde.
La décision finale appartient, comme il se doit, au Président de la République. Mais une vérité s’impose avec clarté : Bah Oury n’est plus une hypothèse. Il est une valeur sûre. Et Mamadi Doumbouya, en l’ayant choisi et maintenu, a démontré qu’au-delà de la force, gouverner exige aussi de savoir reconnaître les hommes.
Quand l’audace rencontre la sagesse, la transition cesse d’être un simple passage. Elle devient une promesse.
Lamarana-Petty DIALLO
lamaranapetty@yahoo.fr





































