Il y a des silences qui pèsent et des paroles qui engagent. En évoquant publiquement la possibilité d’une grâce présidentielle pour Aliou Bah, président du Mouvement démocratique libéral (MoDeL), le porte-parole du Gouvernement a brisé, volontairement ou non, une digue politique et symbolique. Détenu depuis le 26 décembre 2024, l’opposant pourrait recouvrer la liberté dans les prochains jours, si le nouveau chef de l’État décidait d’user de son droit de grâce.
Interrogé ce vendredi sur les ondes de Radio France Internationale (RFI), Ousmane Gaoual Diallo n’a pas seulement livré une information : il a plaidé une cause. Le ministre de l’Information et de la Communication affirme avoir personnellement sollicité un geste de clémence auprès du Président de la République, estimant que la situation judiciaire d’Aliou Bah se distingue de bien d’autres dossiers encore pendants.
« Son procès est arrivé à son terme. Le jugement a été rendu et il purge sa peine depuis plus d’un an », a-t-il rappelé, comme pour baliser juridiquement le terrain d’une éventuelle grâce. Dans ce raisonnement, la clémence ne viendrait pas interférer avec la justice, mais s’inscrirait dans l’arsenal légal du pouvoir exécutif. Mieux : elle serait, selon lui, politiquement opportune.
Aliou Bah est présenté comme un « jeune acteur politique », presque comme une figure à préserver plutôt qu’à briser. « Ce serait un acte fort et apprécié », insiste le porte-parole du Gouvernement, suggérant qu’un tel geste enverrait un signal d’ouverture et d’apaisement sous la nouvelle présidence.
Mais derrière cette main tendue, une autre réalité persiste : celle des dossiers dont personne ne parle, ou que personne ne peut — ou ne veut — éclairer. Interrogé sur les autres figures de la société civile, responsables politiques ou journalistes portés disparus ou poursuivis, Ousmane Gaoual Diallo se montre évasif. « Je n’ai pas la possibilité d’aller consulter ces dossiers », concède-t-il, renvoyant la responsabilité du suivi aux avocats et aux familles.
C’est là que le bât blesse. Si la grâce pour Aliou Bah apparaît possible, voire souhaitable aux yeux du pouvoir, qu’en est-il des autres ? La clémence sera-t-elle un principe ou une exception ? Un tournant politique ou un geste ciblé ?
En filigrane, cette sortie officielle ravive un débat plus large : celui de l’usage sélectif de la grâce présidentielle dans un pays en quête de réconciliation, mais encore marqué par des dossiers sensibles et des zones d’ombre. Le sort d’Aliou Bah pourrait ainsi devenir bien plus qu’une décision individuelle : un test politique, un symbole, voire un révélateur de la nouvelle ère que promet la présidence actuelle.
Sibé Fofana






































