Urnes ouvertes, bulletins dépouillés, rues apaisées. Ce dimanche 28 décembre, près de sept millions de Guinéens étaient appelés à choisir leur président parmi neuf candidats. Une élection sans heurts majeurs, mais aussi sans plusieurs figures historiques de la scène politique, absentes du rendez-vous.
Ce dimanche-là, la Guinée a voté sans bruit. Pas de bousculade, pas de tension visible, encore moins de violence. Dans les quartiers de Conakry comme à l’intérieur du pays, les bureaux de vote ont ouvert leurs portes pour un premier tour présidentiel très attendu, censé marquer une étape décisive vers la fin de la transition.
Près de sept millions d’électeurs étaient inscrits. Neuf candidats en lice, dont le président de la transition, le général Mamadi Doumbouya, face à huit adversaires, parmi lesquels Abdoulaye Yéro Baldé et Faya Millimouno. Mais dans l’isoloir, un vide saute aux yeux : les grands noms de la politique guinéenne des trois dernières décennies, Cellou Dalein Diallo ou encore l’ancien président Alpha Condé, tous deux en exil, sont absents du scrutin.
À Dixinn-centre, au cœur de Conakry, le décor est presque feutré lorsque le bureau de vote numéro 1 de l’école primaire ferme ses portes. Le dépouillement démarre aussitôt, dans un silence étonnant. Aucun électeur n’est resté pour observer. Autour de la table, un assesseur compte les bulletins, sous l’œil d’une observatrice de la société civile et de délégués de partis politiques. Les résultats sont inscrits à la craie, sur un tableau noir, à l’ancienne.
Ismaël, délégué du Frondeg d’Abdoulaye Yéro Baldé, se veut rassurant. Pour lui, la journée a été bien tenue. « Il n’y avait pas d’anomalie, le matériel était au complet, tout était en place. Le vote s’est déroulé dans le calme, sans incident », affirme-t-il, presque soulagé.
Même son de cloche du côté de Mamadou, délégué du mouvement GMD de Mamadi Doumbouya. Le visage marqué par la fatigue d’une longue journée, il parle d’un scrutin sans accroc. « On a ouvert à 7h05, les électeurs sont venus progressivement. Il n’y a rien eu à signaler. Le dépouillement s’est déroulé comme prévu », confie-t-il, avant que les procès-verbaux ne prennent la direction des commissions de centralisation.
Dans les rues de la capitale, les avis sont plus nuancés. À Hamdallaye, Amidou regrette l’absence des grands partis politiques historiques, mais se félicite du climat apaisé. « J’ai voté parce que c’est mon devoir de citoyen. J’espère que tout le monde acceptera les résultats », dit-il, voyant dans cette élection une opportunité de retour à l’ordre constitutionnel. « Un régime civil nous donnera plus de crédibilité auprès des partenaires internationaux », estime-t-il.
À quelques mètres de là, attablé à la terrasse d’un café, Ibrahim affiche une tout autre posture. Lui n’a pas voté. « Mon candidat, Cellou Dalein Diallo, n’est pas là. D’autres leaders non plus. Donc je n’avais aucune motivation », lâche-t-il. Sceptique, il dit ne pas croire à l’issue du scrutin. « Tout le monde connaît déjà le résultat. On n’a vu que le pouvoir faire campagne. Et le général Doumbouya ne devait pas se présenter », tranche-t-il.
Entre espoir de normalisation institutionnelle et sentiment d’élection jouée d’avance, la présidentielle du 28 décembre s’est déroulée dans un calme presque trompeur. Selon la Direction générale des élections, les résultats provisoires sont attendus les 30 ou 31 décembre. D’ici là, la Guinée retient son souffle, entre attente, résignation et prudence.
Sibé Fofana





































