À peine proclamé vainqueur de la présidentielle, Mamadi Doumbouya a ressorti l’un des leitmotivs les plus attendus de l’après-élection : l’appel à l’unité nationale. Dans son adresse à la Nation, le nouveau président a promis une « main tendue » à tous les Guinéens, de l’intérieur comme de la diaspora, pour bâtir une Guinée nouvelle. Une promesse aussitôt reprise et martelée par son porte-parole, Ousmane Gaoual Diallo, comme pour en fixer le sens… et les limites.
Le chef de l’État a voulu solennel le ton, presque rassembleur jusqu’à l’incantation : une Guinée de paix, de justice, de prospérité partagée, souveraine politiquement et économiquement. Le tableau est séduisant. La formule, rodée. « Pour ma part, je tendrai la main à toutes les filles et à tous les fils de notre pays », a-t-il assuré, se posant en président de tous, au-delà des clivages et des rancœurs accumulées.
Mais en Guinée, la main tendue est toujours scrutée à la loupe. À qui s’adresse-t-elle réellement ? Jusqu’où va-t-elle ? Et à quelles conditions ?
Interrogé sur l’inclusion des grandes figures de l’opposition. Cellou Dalein Diallo, Alpha Condé, Sidya Touré, Ousmane Gaoual Diallo a voulu dissiper toute ambiguïté. « La main tendue du chef de l’État ne fléchit pas. Elle est là, elle est ouverte », affirme-t-il. Mieux encore : il ne s’agirait pas de la victoire d’un homme, mais de celle du « peuple de Guinée ». Une rhétorique consensuelle, presque classique, dans les lendemains de scrutin.
Pourtant, à mesure que le discours se précise, la portée de cette main tendue semble se resserrer. Sur la question sensible du retour des opposants en exil, le porte-parole du gouvernement se veut catégorique : « Il n’y a pas d’exilés en tant que tel. » Cellou Dalein Diallo peut rentrer. Sidya Touré aussi, assure-t-il, soulignant que ce dernier ne fait l’objet d’aucune poursuite judiciaire.
Le cas de Cellou Dalein Diallo, lui, révèle toute l’ambiguïté du message. « Il peut venir », répète Ousmane Gaoual. Mais aussitôt, la condition apparaît : rendre des comptes à la justice. Le refus présumé de l’opposant de se soumettre à cette exigence est présenté comme un choix personnel, presque comme une faute politique. « On ne voit pas comment un homme qui ne veut pas rendre compte peut prétendre diriger », tranche le ministre.
Ainsi, la main est tendue, certes, mais elle n’est pas sans exigences. Elle invite au retour, mais sous l’œil de la justice. Elle appelle à la réconciliation, mais sans effacer les contentieux. Elle promet l’unité, tout en rappelant que le pouvoir fixe le cadre.
Reste une question centrale : cette main tendue sera-t-elle un véritable pont vers une réconciliation nationale durable, ou une simple posture politique, conditionnée et sélective ? L’histoire récente de la Guinée enseigne que l’unité ne se décrète pas, elle se construit. Et qu’entre la parole présidentielle et la confiance des opposants, le chemin est souvent plus long que le discours.
Amadou Diallo





































