Les relations entre la Guinée et l’Union européenne viennent de franchir un nouveau palier de tension. Au cœur du bras de fer : la question migratoire, cette plaie ouverte entre le Nord et le Sud, que Bruxelles continue de traiter sous l’angle sécuritaire tandis que Conakry exige désormais le respect de ses citoyens.
En recevant cette semaine les ambassadeurs européens, le ministre guinéen des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, n’a pas usé de langue de bois. Sa mise en garde est claire : toute expulsion jugée arbitraire d’un Guinéen sera suivie d’une mesure de réciprocité. Autrement dit, l’ère des relations asymétriques semble révolue. La Guinée se veut désormais partenaire, et non subordonnée.
Cette posture traduit un tournant diplomatique. Conakry refuse que la migration soit réduite à une statistique ou à une menace, quand elle relève aussi du drame humain et de la responsabilité partagée. Oui, la migration illégale nourrit des trafics criminels. Mais elle est aussi le fruit d’un désespoir économique qu’aucune barrière ne saurait contenir.
C’est là que le discours de Morissanda Kouyaté prend un relief particulier : en brandissant le projet « Simandou 2040 », il oppose au rejet de ses compatriotes une vision d’avenir, celle d’un pays qui aspire à retenir ses forces vives. Le message est limpide : au lieu de repousser les jeunes Africains, l’Europe devrait soutenir les leviers de développement qui les incitent à rester ou à revenir.
Le défi reste immense. Entre l’obsession sécuritaire de Bruxelles et l’aspiration souverainiste de Conakry, trouver un terrain d’entente relèvera d’un exercice d’équilibrisme diplomatique. Mais une chose est sûre : la Guinée a choisi de hausser le ton. Et cette fermeté, qu’on la juge téméraire ou salutaire, impose désormais à l’Union européenne de revoir ses certitudes.
Aziz Camara




































