Le 21 septembre 2025, la Guinée a célébré ce qui fut présenté comme un retour triomphal à l’ordre constitutionnel. Avec 89,38 % de « oui », le référendum a offert au régime une légitimité écrasante et permis la promulgation express d’une nouvelle Constitution. Sur le papier, l’acte est historique. Dans la réalité, il ressemble surtout à un chef-d’œuvre de verrouillage politique.
Car derrière les apparences rassurantes – nationalité, résidence, droits civiques, certificat médical, déclaration de patrimoine, parrainage par un parti ou en indépendant – se cache un filtre implacable : l’âge des candidats, désormais limité entre 40 et 80 ans.
Un détail technique ? Non. Un couperet redoutablement efficace. Sidya Touré, figure de l’opposition de l’UFR, est disqualifié par le temps. Alpha Condé, ancien président, frappé du même verrou, voit son parti, le RPG Arc-en-ciel, suspendu et réduit au silence. Quant à Cellou Dalein Diallo, il garde un ticket théorique mais son UFDG, suspendu pour 90 jours, le prive d’un appareil partisan sans lequel une candidature indépendante ressemble à un saut dans le vide.
La liste des exclus s’allonge : Aliou Bah, du MoDeL, purge une peine de prison pour offense au chef de l’État, laissant un parti décapité. Résultat : à moins de trois mois du scrutin, la scène politique ressemble à un théâtre amputé de ses acteurs principaux.
En combinant limites d’âge, suspensions administratives et contraintes médicales, la nouvelle Constitution ne se contente pas d’encadrer le jeu, elle en choisit les participants. Le champ est déblayé, l’arène nettoyée, le boulevard tracé. Et ce boulevard mène tout droit à Mamadi Doumbouya. S’il décidait d’entrer dans la course, il se retrouverait face à une opposition réduite à des figurants.
Le référendum fut un triomphe, dit-on. Mais c’est un triomphe de papier. Car derrière la mise en scène démocratique se dessine une évidence : la présidentielle de 2025 se jouera moins dans les urnes que dans les textes.
Sibé Fofana






































