Dans l’euphorie feutrée de l’après-vote, la parole officielle cherche déjà à baliser l’après-scrutin. En se déclarant satisfait du déroulement de la présidentielle du 28 décembre, le président du Conseil national de la Transition, Dansa Kourouma, ne s’est pas contenté d’un bilan technique. Il a livré une profession de foi, au sens propre comme au figuré, où Dieu, la paix et l’acceptation des résultats forment la trinité d’un discours politique assumé.
Dansa Kourouma parle en croyant avant de parler en responsable institutionnel. Il rend grâce à Dieu, évoque ses prières, ses pèlerinages, et confie le peuple de Guinée au « Seigneur ». Le message est clair : si le scrutin s’est déroulé dans le calme, ce n’est pas seulement le fruit d’une organisation humaine, mais d’une volonté divine. Dans un pays où la référence religieuse irrigue profondément le débat public, ce registre n’est pas anodin. Il vise à sacraliser le processus électoral et, par ricochet, ses résultats.
Mais derrière la ferveur religieuse, l’édito politique s’impose. Pour le président du CNT, le vote n’est pas un simple rituel démocratique. « Nous votons pour un destin, un projet, une vision », affirme-t-il, rappelant que l’élection engage l’avenir collectif bien au-delà des préférences partisanes. Une manière d’appeler les Guinéens à se hisser au-dessus des clivages, dans un pays souvent meurtri par des lendemains électoraux violents.
L’intervention de Dansa Kourouma prend aussi des allures de justification historique. Il rappelle avoir garanti à la communauté internationale la tenue d’une présidentielle « dans les règles de l’art ». À l’entendre, le pari est tenu. L’émotion qu’il affiche traduit autant un soulagement personnel qu’un message adressé aux partenaires extérieurs : la Guinée a respecté sa parole.
Vient alors l’appel le plus insistant : celui à la paix. Un plaidoyer presque pédagogique, nourri de souvenirs douloureux. Véhicules caillassés, bâtiments incendiés, vies brisées, enfants endeuillés… Le président du CNT dresse le bilan amer des violences politiques passées pour mieux poser la question qui dérange : « Tout cela pour quoi ? Pour rien ». La paix est présentée comme le bien suprême, plus précieux que toute victoire électorale.
Dans cette logique, l’acceptation des résultats devient une obligation morale autant que civique. Quel que soit le vainqueur, insiste-t-il, il devra être soutenu par tous, y compris par ceux qui n’ont pas voté pour lui. Le futur président sera « le président de tous les Guinéens », investi non seulement par les urnes, mais aussi, selon le discours, par la volonté de Dieu. Là encore, la référence religieuse sert de levier pour légitimer l’autorité et désamorcer la contestation.
Ce sermon politique, assumé et sans détour, dit beaucoup de l’instant guinéen. Une transition qui veut se clore sans heurts. Un pouvoir qui appelle à l’unité avant même la proclamation des résultats. Et une société sommée de croire, à la fois en Dieu, en la démocratie et en sa propre capacité à rompre avec le cycle de la violence.
Reste une question, en filigrane : l’invocation de la paix suffira-t-elle à la garantir ? L’élection peut se gagner dans le calme, mais la paix, elle, se construit dans la durée. Au-delà des prières et des discours, c’est dans les actes du pouvoir à venir que se jouera la crédibilité de cet appel solennel.
A Amadou Diallo






































