Le paradoxe a rarement été aussi criant dans la vie politique guinéenne. Le ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD), garant supposé de la régulation démocratique, se transforme de plus en plus en arbitre partial, multipliant les injonctions contradictoires au mépris du bon sens et du droit.
Dernier épisode en date : la suspension de l’UFDG, principal parti d’opposition, annoncée le 22 août 2025. Officiellement, il s’agirait d’un « non-respect des obligations prescrites » par la Charte des partis politiques. En clair, l’UFDG n’aurait pas tenu son Congrès national. Mais comment l’aurait-il pu, lorsque ce même ministère avait interdit, à 48 heures de l’événement, sa tenue, alors que tout était prêt et que les congressistes avaient déjà fait le déplacement ?
Kalémodou Yansané, vice-président du parti, résume l’absurde : « Le ministère nous interdit, puis nous sanctionne pour ne pas avoir fait ce qu’il avait interdit. » Une incohérence qui, au-delà du ridicule institutionnel, révèle une stratégie politique inquiétante : étouffer les partis par des verrous administratifs, pour mieux contrôler le jeu démocratique.
Car derrière la technicité des textes et la froideur des communiqués, c’est une évidence qui s’impose : l’espace politique se rétrécit à vue d’œil. Après avoir mis sous « réserve » plusieurs formations, voilà que le MATD passe à la vitesse supérieure, suspendant purement et simplement celles qui refusent de se plier à ses injonctions fluctuantes.
La question n’est donc plus seulement juridique, mais éminemment politique : peut-on encore parler de compétition démocratique quand l’arbitre devient juge et partie, quand la règle du jeu change au gré des rapports de force et quand les opposants sont privés d’activité pour des motifs contradictoires ?
À ce rythme, ce n’est plus seulement l’UFDG qui est suspendu, mais bien l’idée même de pluralisme. Et avec elle, une part essentielle de la démocratie guinéenne.
Abdoul Chaolis Diallo




































