La Guinée vient de refermer, sans fracas ni heurts, la page d’une présidentielle longtemps redoutée. Les urnes ont parlé, le pays a respiré, et l’air post-électoral semblait enfin débarrassé des lourdeurs de la peur. Mais à peine le calme retrouvé, voilà que s’élève un autre bruit : celui des rumeurs, du soupçon manufacturé, du vacarme numérique entretenu par les marchands d’intox.
Ils ont trouvé leur prétexte : le silence du président-candidat Mamadi Doumbouya. Un silence pourtant inscrit dans la mécanique démocratique, mais que certains s’acharnent à transformer en procès politique. À défaut de faits, ils recyclent l’attente légale en scandale imaginaire, et l’intervalle institutionnel en crise fantasmée.
La fatigue d’un peuple, l’effort d’une nation
Il faut se souvenir d’où vient la Guinée. D’un mois de campagne harassante, menée à un rythme effréné, sur des routes poussiéreuses, dans des foules compactes, sous la pression du chrono et du verdict populaire. Candidats, militants, encadreurs, rabatteurs : tous sont sortis éprouvés, physiquement et moralement. L’élection n’a pas été qu’un scrutin ; elle a été une épreuve collective.
Et pourtant, malgré la tension, malgré les inquiétudes, le pays a tenu. Le scrutin s’est déroulé dans le calme. Pas de violences majeures, pas de chaos annoncé. Une victoire double, sur le terrain et dans l’urne. Une rare respiration démocratique.
Les semeurs de doute à l’affût
C’est précisément dans ce moment de relâchement que surgissent les faussaires de l’information. Les trouble-fêtes professionnels. Ceux qui vivent du « il paraît que », du « on dit », du « pourquoi cette fois-ci ». Leur stratégie est connue : installer la suspicion, fissurer la confiance, transformer le silence en arme et l’attente en menace.
Hier, c’était l’absence d’adresse le 28 septembre. Aujourd’hui, c’est celle du 31 décembre. Demain, ce sera autre chose. Toujours le même procédé, toujours le même objectif : troubler la cité.
Le droit, rien que le droit
Les faits, eux, sont têtus. L’élection présidentielle s’est tenue le 28 décembre 2025. Les résultats provisoires ont été publiés dans les délais prévus par le Code électoral. Ils ont été transmis à la Cour suprême, seule institution habilitée à proclamer les résultats définitifs.
Nous sommes donc dans une configuration limpide : la Guinée a un président sortant, un candidat arrivé en tête, mais un président élu non encore confirmé. Un entre-deux juridique, parfaitement normal en démocratie.
Dès lors, une question simple s’impose : à quel titre Mamadi Doumbouya aurait-il dû s’adresser à la nation le 31 décembre ? Comme candidat ? Comme président aux pouvoirs juridiquement suspendus par l’attente de la proclamation définitive ? La cohérence institutionnelle commande le silence, non le discours prématuré.
Le silence comme acte de responsabilité
Parler trop tôt, ce serait brouiller les lignes, piétiner les procédures, offrir aux mêmes semeurs de troubles un autre prétexte à polémique. Attendre, en revanche, c’est respecter la loi, les institutions et l’intelligence collective des Guinéens.
Le moment venu, après la décision de la Cour suprême, la parole viendra. Claire, légitime, incontestable. Alors seulement, le titre, le statut et les pleins pouvoirs seront consacrés.
Garder le cap
La sérénité post-électorale est un bien précieux. Elle ne doit pas être sacrifiée sur l’autel des rumeurs et des manipulations. Les Guinéens ont fait preuve de maturité ; qu’ils ne laissent pas quelques pyromanes politiques rallumer des braises éteintes.
Silence, donc. Non pas le silence du vide, mais celui du droit en marche. Halte aux intox, aux tentatives de déstabilisation et aux procès d’intention. En démocratie, l’attente n’est pas une faute : elle est parfois la plus haute forme de responsabilité.
Pr Lamarana Petty Diallo. lamaranapetty@yahoo.fr





































