Il est des soirs où la parole devient rupture, où le verbe, libéré, tranche les liens anciens pour ouvrir d’autres horizons. Mardi soir, sur le plateau de Face à Télé 24, Joachim Baba Millimouno a parlé sans détours, sans nostalgie feinte, sans prudence calculée. Trente minutes durant, l’ancien visage médiatique de l’UFDG a acté ce que beaucoup pressentaient : sa séparation politique et presque philosophique d’avec le parti de Cellou Dalein Diallo.
Ancien proche collaborateur du leader de l’UFDG, ex-coordinateur de la cellule de communication, Joachim Baba Millimouno ne s’est pas contenté d’annoncer un départ. Il a expliqué une mue. Une lente fissure devenue fracture. À l’origine, dit-il, un désaccord profond, vieux de plus d’un an, sur la ligne du parti, sur ses choix, sur sa posture face au temps exceptionnel que traverse la Guinée. Là où certains voyaient l’opposition comme une identité, lui appelait à changer d’angle, à « redéfinir la ligne politique », à normaliser les rapports avec la gouvernance issue de la transition.
Dans sa bouche, la transition n’est pas un entre-deux stérile, mais un espace de responsabilité collective. « En phase de transition, il n’y a pas d’opposant », martèle-t-il. Il n’y a que des acteurs appelés à contribuer à la refondation de l’État, à la transformation des institutions, des infrastructures, de la République elle-même. Une vision qui rompt radicalement avec les réflexes classiques du combat partisan.
Sur son éviction de la cellule de communication de l’UFDG, l’homme ne dramatise pas. Il parle de révocation, logique selon lui, puisque la fonction relevait d’une nomination. Mais le symbole est ailleurs. S’il demeure, statutairement, membre du bureau exécutif, le lien politique est rompu. « L’UFDG ne m’intéresse plus », lâche-t-il, sans détour, qualifiant même la ligne du parti de « caduque ». Une sentence lourde, presque définitive.
Désormais, Joachim Baba Millimouno regarde ailleurs. Et il ne s’en cache pas. Sa proximité avec les autorités de la transition est assumée. Son engagement, revendiqué. Son cap, clair. « Une seule chose me préoccupe », affirme-t-il : œuvrer à l’élection « correcte, propre et sans conteste » du général Mamadi Doumbouya, candidat de la GMD. Une déclaration qui sonne comme un choix de camp, mais aussi comme une profession de foi dans une Guinée qu’il estime en reconstruction.
Ainsi s’achève un chapitre et s’en ouvre un autre. Pour Joachim Baba Millimouno, le temps des fidélités partisanes semble avoir cédé la place à celui des convictions personnelles et des paris historiques. Reste à savoir si ce virage, lyrique et assumé, fera de lui un simple témoin de la transition ou l’un de ses artisans les plus audibles. Une chose est sûre : le silence, lui, n’est plus une option.
Algassimou L Diallo






































