L’actualité politique guinéenne ressemble, ces jours-ci, à une scène de théâtre où deux figures bien connues occupent le devant de la scène. Tibou Kamara et Makanera Kaké, anciens piliers de l’appareil d’État à des moments clés de notre histoire récente, s’affrontent désormais à coups de déclarations publiques, sans détour ni retenue. Le spectacle intrigue, amuse parfois, mais inquiète surtout.
Car ce qui se joue ici dépasse de loin une simple divergence d’opinions. La contradiction est inhérente à la vie politique, elle est même salutaire. Mais lorsqu’elle se transforme en duel verbal exposé sur la place publique, elle change de nature. Elle devient un message envoyé à toute une nation, et plus particulièrement à une jeunesse attentive, souvent désorientée, qui observe et apprend.
Dans une République, la liberté d’expression n’est pas négociable. Elle constitue l’un des fondements de la démocratie. Mais cette liberté, lorsqu’elle est exercée par d’anciens responsables de premier rang, s’accompagne d’une responsabilité accrue. Les mots prononcés ne sont jamais anodins. Ils portent le poids des fonctions passées, de l’autorité exercée hier et de l’image de l’État qu’ils continuent, qu’on le veuille ou non, à incarner.
Le plus troublant réside dans les effets secondaires de cette confrontation. Sur les réseaux sociaux, les invectives se multiplient, les camps se forment, l’irrespect se banalise. De jeunes Guinéens, happés par la logique du clash, se retrouvent à caricaturer, à insulter, à dénigrer des hommes qui ont pourtant servi la République. Peu importe le jugement que l’on porte sur leurs bilans respectifs : la dérive est réelle et dangereuse.
Le silence des autorités morales, politiques et institutionnelles accentue ce malaise. À force de laisser le vacarme s’installer, on finit par donner l’impression que tout est permis. Or, l’absence de rappel à l’ordre n’est jamais neutre. Elle peut être perçue comme une tolérance, voire une approbation tacite des excès verbaux.
Il ne s’agit ni d’effacer le passé ni d’étouffer les désaccords. Encore moins de demander l’amnésie collective. Il s’agit de rappeler une évidence : la parole publique doit servir l’intérêt général, surtout lorsqu’elle émane de ceux qui ont tenu les rênes de l’État. La Guinée a besoin de débats qui éclairent, pas de règlements de comptes qui abîment la confiance et fragilisent le lien national.
Peut-être est-il temps de refermer la parenthèse. Non comme un aveu de faiblesse, mais comme un acte de maturité politique. Savoir s’arrêter, c’est parfois faire preuve de grandeur. C’est protéger l’essentiel : la cohésion nationale, l’exemplarité républicaine et l’avenir d’une jeunesse qui observe, imite et reproduit.
Au-delà de Tibou Kamara et de Makanera Kaké, une question demeure : que reste-t-il de la dignité de l’État lorsque ceux qui l’ont servi donnent le sentiment de s’en affranchir ? Servir au sommet n’est pas un épisode passager. C’est une responsabilité qui, même après, ne s’éteint jamais.
Adourahamene Condé avec Visionguinée






































