À l’heure où la campagne présidentielle bat son plein, les Guinéens scrutent, jaugeurs attentifs, le bilan des quatre années de gestion du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), aux commandes depuis septembre 2021. Entre attentes sociales et exigences économiques, une revendication revient avec insistance sur les lèvres des électeurs : des routes praticables, durables et équitablement réparties. Dans ce paysage routier largement dégradé, l’axe Conakry-Kankan, long de 650 kilomètres, fait figure d’exception. Entièrement rénové durant la transition, il est devenu un symbole concret d’un besoin longtemps exprimé, particulièrement en Haute-Guinée.
À la gare routière de Kankan, les bus et taxis se succèdent sans relâche. Mandiana, Bamako, Conakry : les destinations s’enchaînent, portées par un trafic redevenu fluide. Pour les chauffeurs, cette route n’est plus un calvaire mais un outil de travail enfin fonctionnel. Salomon, au volant depuis quinze ans, ne cache pas son soulagement.
« La rénovation a vraiment changé mon quotidien. Aujourd’hui, je roule à 70 ou 80 km/h en toute sécurité. Avant, dépasser 50 km/h était un risque. Et avec une bonne route, je vais beaucoup moins souvent au garage. Je fais des économies », confie-t-il.
Même satisfaction chez les commerçants, premiers bénéficiaires d’une infrastructure fiable. Sayon, une jeune vendeuse qui s’approvisionne à Conakry, mesure l’impact direct sur ses revenus.
« Le trajet se fait maintenant en 9 ou 10 heures. Avant, il fallait 15 heures, parfois plus, à cause des pannes. Les taxis transportent plus de marchandises pour le même prix. Je gagne plus, je suis moins fatiguée », explique-t-elle, sourire aux lèvres.
Mais l’enthousiasme est tempéré par une inquiétude bien connue : l’entretien. Les routes guinéennes ont la réputation de se dégrader aussi vite qu’elles sont construites. À Kankan, nombreux sont ceux qui espèrent que l’axe rénové sera durablement maintenu. Surtout, les regards se tournent déjà vers d’autres destinations longtemps enclavées, comme Kérouané et Kissidougou, toujours privées d’infrastructures routières dignes de ce nom.
Depuis le 28 novembre, neuf candidats sont officiellement engagés dans la course à la présidentielle du 28 décembre 2025. Ils disposent d’un mois pour convaincre un électorat désormais plus attentif aux actes qu’aux promesses. Le général Mamadi Doumbouya, chef de la junte au pouvoir, est candidat indépendant. Sur le terrain, l’asphalte de Conakry-Kankan parle pour lui. Reste à savoir si, pour les électeurs, une route rénovée suffit à tracer le chemin de la confiance.
Algassimou L Diallo





































