En Guinée, la transition semble avoir pris l’habitude d’étouffer les voix discordantes à coups de décrets de suspension. Après les 28 partis mis sur la touche en mars dernier, voilà que trois poids lourds de la scène politique — l’UFDG, le RPG et le PRP — viennent à leur tour d’être écartés du jeu pour 90 jours. Trois mois durant lesquels ces formations, piliers du débat public, n’auront plus droit de cité.
L’Union africaine, par le biais de sa Commission des droits de l’homme et des peuples, n’a pas tardé à exprimer sa « profonde préoccupation ». Et pour cause : à quelques semaines d’un référendum constitutionnel censé sceller l’avenir institutionnel du pays, comment justifier qu’on prive une partie de la classe politique de sa liberté d’expression et de participation ?
La suspension ne relève pas seulement d’une décision administrative ; elle touche au cœur même de l’idée démocratique. Les droits de réunion, d’association, de participation publique — garantis par la Charte africaine et les conventions ratifiées par la Guinée — ne sont pas de simples formules juridiques. Ils incarnent le socle d’un pluralisme sans lequel aucune transition ne peut prétendre à la légitimité.
Or, en réduisant l’espace civique à une peau de chagrin, les autorités de Conakry prennent le risque de transformer un processus qui devait être inclusif en un simulacre démocratique. Le débat, nécessairement contradictoire, s’en trouve amputé.
L’Union africaine appelle à lever les restrictions. Mais la question demeure : la junte écoutera-t-elle cet avertissement venu de l’extérieur, ou continuera-t-elle à verrouiller le champ politique au mépris des principes qu’elle prétend défendre ?
En vérité, l’histoire récente de la Guinée nous enseigne une chose : chaque fois qu’on tente de confisquer le pluralisme, c’est le peuple qui finit par en réclamer le prix fort.
Sibé Fofana





































