Conakry, 27 août 2025 – La Haute Autorité de la Communication (HAC) a appelé les médias guinéens à la prudence en période de campagne électorale. Lors d’une rencontre avec les responsables de presse et associations professionnelles, son président, Boubacar Yacine Diallo, a averti : « Vous ne devez pas donner la parole aux partis politiques interdits de fonctionner. Si vous le faites, c’est une infraction ».
Cette mise en garde, qui vise les formations suspendues ou dissoutes, soulève toutefois un débat juridique et alimente des interrogations sur les réelles prérogatives de l’institution de régulation.
Que dit la loi ?
La loi L03 relative à la communication stipule que la HAC doit garantir « la pluralité de l’expression des courants de pensée » et veiller au respect du principe d’égalité de traitement, notamment en période électorale (articles 41 et 42). Elle peut également signaler au gouvernement toute restriction de la liberté d’expression et saisir la Cour constitutionnelle en cas de violation de la loi électorale.
En parallèle, la Charte des partis politiques prévoit que les formations suspendues ou dissoutes perdent certains droits : organiser des manifestations, bénéficier de subventions de l’État et accéder aux médias publics.
Une décision sans base légale ?
Pour plusieurs analystes, la position de la HAC excède ses attributions. Aucune loi n’interdit aux médias privés de recueillir et diffuser les propos d’acteurs politiques frappés de suspension, tant qu’il ne s’agit pas d’incitation à la violence ou à la haine – cas expressément visés par la loi L02 sur la liberté de la presse.
La distinction évoquée par le président de la HAC – « donner la parole aux individus comme citoyens et non comme représentants de structures » – reste juridiquement floue. En pratique, empêcher tout relais médiatique de responsables politiques revient à restreindre leur liberté d’expression.
Médias publics et privés : deux régimes distincts
Si l’exclusion des partis suspendus ou dissous des antennes publiques s’appuie sur un fondement légal, la même interdiction ne peut s’appliquer aux médias privés, libres de leur ligne éditoriale. Ceux-ci ne sont tenus qu’au respect de la loi, notamment l’interdiction de diffuser des appels à la violence ou à l’insurrection.
Conclusion
En rappelant aux médias leurs responsabilités, la HAC reste dans son rôle de régulateur. Mais en leur interdisant d’accorder la parole à des partis suspendus ou dissous, elle s’aventure sur un terrain fragile, sans base légale claire, au risque de porter atteinte aux principes de liberté d’expression et de pluralité d’opinion.
Algassimou L Diallo






































