La presse guinéenne a une histoire faite de combats, de silences imposés et de renaissances successives. Des journaux ronéotypés de l’après-indépendance aux radios privées des années 1990, elle a longtemps avancé à contre-courant, entre censure, pressions politiques et dérives internes. C’est à cette mémoire collective que Boubacar Yacine Diallo a choisi de se rattacher, ce mercredi 7 janvier 2026, lors de la traditionnelle cérémonie de présentation des vœux à la Haute Autorité de la Communication (HAC).
Le décor était solennel, le message assumé. Face aux commissaires et aux professionnels des médias, le président de la HAC a livré un diagnostic sans complaisance, mais résolument tourné vers l’espoir. Pour lui, la presse guinéenne traverse un moment charnière : celui d’une « renaissance » après des années d’errance éthique et de fragilisation de sa crédibilité.
En saluant le comportement des médias lors de la récente élection présidentielle, Yacine Diallo n’a pas seulement répondu aux critiques de certaines organisations internationales. Il a surtout défendu une presse nationale capable, selon lui, de juger ses propres pratiques et d’assumer sa souveraineté professionnelle. Une prise de position forte dans un pays où le journalisme a souvent été jugé à l’aune de regards extérieurs, parfois déconnectés des réalités locales.
Son discours s’inscrit dans une vision historique. La presse guinéenne, a-t-il rappelé en filigrane, a trop longtemps souffert d’influences opaques, de querelles internes et de comportements qui ont dévoyé la mission première d’informer. « Je suis heureux aujourd’hui et fier de proclamer que la presse vient de renaître », a-t-il lancé, évoquant une profession désormais débarrassée des pratiques qui « pervertissaient l’éthique, la déontologie et la bonne foi du journalisme ».
La métaphore des « sorciers », utilisée pour décrire les divisions et les manipulations d’hier, a marqué les esprits. Elle traduit une réalité que beaucoup, dans la profession, n’osaient nommer : celle d’un journalisme miné de l’intérieur, incapable de se structurer et de s’autoréguler. À en croire le président de la HAC, cette époque est révolue. « Aujourd’hui, je ne vois que des journalistes », affirme-t-il, évoquant la fin des pratiques nocturnes douteuses dont toute la corporation payait le prix au lever du jour.
Au-delà des mots, c’est un éloge assumé de l’action de Yacine Diallo qui se dessine. À la tête de la HAC, il revendique un combat de longue haleine pour assainir le paysage médiatique, restaurer la crédibilité de la profession et imposer des standards conformes aux attentes du public. « Aujourd’hui, nous pouvons nous regarder en face », dit-il, comme pour refermer une page douloureuse de l’histoire de la presse guinéenne.
Reste à savoir si cette renaissance proclamée saura s’inscrire dans la durée. Mais une chose est certaine : en inscrivant son action dans la longue histoire de la presse nationale, Boubacar Yacine Diallo entend laisser l’image d’un régulateur qui n’a pas seulement sanctionné, mais voulu réconcilier la presse guinéenne avec elle-même. Une ambition à la hauteur d’un métier qui, en Guinée plus qu’ailleurs, a toujours été un acte de courage.
Amadou Diallo





































