Il y a des phrases qui résonnent comme des avertissements. Celle de Boubacar Yacine Diallo, président de la Haute Autorité de la Communication (HAC), en fait incontestablement partie. « Le jour où j’écrirai à mon tour, beaucoup quitteront la Guinée », a-t-il lancé, laissant planer l’ombre de révélations potentiellement explosives sur plusieurs décennies de vie politique nationale.
Figure centrale du paysage médiatique et institutionnel guinéen, ancien Directeur général de l’ORTG, Boubacar Yacine Diallo n’est pas un observateur ordinaire. Il est un témoin privilégié des arcanes du pouvoir, un homme qui a vu défiler régimes, ambitions et fidélités fluctuantes. De Lansana Conté à Sékouba Konaté, jusqu’au pouvoir actuel, il affirme avoir vu « tout le monde venir et repartir », comme attiré par un même centre de gravité : le pouvoir.
Derrière cette déclaration se dessine un constat troublant : la permanence des acteurs, au-delà des ruptures politiques proclamées. Les régimes passent, les visages changent, mais les pratiques et les allégeances semblent, elles, résister au temps. En affirmant pouvoir « converser avec chacun de ceux qui ont exercé une quelconque autorité ici, du moins au niveau ministériel », le président de la HAC rappelle, à mots à peine voilés, l’étendue de son réseau et de sa mémoire politique.
La promesse d’écrire, de consigner ces expériences, n’est pas anodine. Elle agit comme une épée de Damoclès suspendue au-dessus d’une classe dirigeante souvent accusée d’opacité, d’opportunisme et d’impunité. Que contiennent ces silences accumulés ? Des compromissions ? Des reniements ? Des vérités que l’histoire officielle a soigneusement contournées ?
Mais cette sortie soulève aussi une interrogation fondamentale : à quoi servent les révélations tardives si elles ne contribuent ni à la justice ni à la mémoire collective au moment opportun ? L’histoire guinéenne, déjà lourde de non-dits, peut-elle encore se permettre d’attendre que les confidences arrivent quand les acteurs ont quitté la scène, voire le pays ?
En filigrane, la déclaration de Boubacar Yacine Diallo interpelle. Elle met en lumière une élite politique dont la constance n’est pas idéologique mais stratégique, toujours prompte à s’adapter au vent dominant. Et elle rappelle, surtout, que dans ce pays, les archives les plus sensibles ne sont pas toujours dans les bibliothèques, mais dans la mémoire des hommes.
Reste à savoir si ces mémoires deviendront un jour un outil de vérité ou demeureront une menace verbale, brandie comme un rappel du pouvoir que confère le silence.
Aziz Camara





































