Il est des silences qui élèvent l’âme. Ce samedi 10 janvier 2026, à la Grande Mosquée Fayçal de Conakry, le brouhaha de la ville s’est effacé devant la solennité du Verbe révélé. Sous les coupoles de ce haut lieu de l’islam guinéen, chefs religieux et maîtres coraniques se sont retrouvés pour une mission noble : présélectionner les futurs porte-voix du Saint Coran.
Ils étaient près de 500 candidats, issus de 121 centres de formation religieuse de la capitale, à se présenter devant le jury. Cinq cents mémoires en quête d’excellence, cinq cents voix façonnées par la discipline du hifz et l’exigence de la juste interprétation. À l’arrivée, seules 80 places seront attribuées aux markaz de Conakry, dans six catégories distinctes, pour le concours national de récitation et d’interprétation du Noble Coran prévu durant le mois béni de ramadan.
À Fayçal, la sélection ne se négocie pas. Elle se mérite. Cheick Salmane Ly, président de la commission d’organisation, l’a rappelé avec gravité : ici, la rigueur est un acte de foi. Une seule erreur suffit à l’élimination. Le jury, composé d’érudits reconnus pour leur science et leur droiture, veille à la pureté de la récitation comme à la justesse du sens. « Seuls ceux qui ont le mérite de concourir au plan national passeront », a-t-il martelé, rappelant que le Coran n’accepte ni approximation ni complaisance.
Cette exigence dit beaucoup de la place qu’occupe l’islam dans la société guinéenne. Loin du spectacle, loin de la facilité, la compétition devient un chemin d’élévation spirituelle. Elle prépare des générations à porter la Parole d’Allah avec fidélité, intelligence et humilité.
Les résultats de cette présélection seront connus dans les prochains jours, ouvrant un temps de préparation intense pour les candidats retenus avant le rendez-vous national, prévu dès la première semaine du ramadan, attendu entre le 17 et le 19 février. À l’échelle du pays, chaque commune de Conakry désignera quatre candidats, tandis que chacune des 33 préfectures en présentera trois, pour un total minimum de 231 concurrents. Les cinq meilleurs de chaque catégorie seront récompensés par les organisateurs et leurs partenaires.
Organisée par le gouvernement guinéen à travers le Secrétariat général des affaires religieuses, avec l’appui du Royaume d’Arabie saoudite, cette compétition dépasse le cadre d’un simple concours. Elle est un acte de transmission, un investissement spirituel, une affirmation de l’islam comme socle de valeurs, de savoir et de cohésion.
À Fayçal, ce samedi-là, il ne s’agissait pas seulement de réciter. Il s’agissait de servir. Servir le Coran, servir la foi, et rappeler, dans un monde agité, que la Parole divine demeure la plus sûre des boussoles.
Amadou Diallo





































