Édito Ousmane Gaoual Diallo avance à petits pas, mais avance quand même. Face à la grogne des conducteurs de taxi-moto, le ministre des Transports a lâché du lest : oui, le permis est trop cher, oui, il faut revoir le prix. Mais derrière ce geste d’apaisement, le cap reste inchangé. La Guinée veut moderniser son secteur du transport, et le gouvernement entend imposer des règles là où régnait jusque-là une liberté dangereuse.
Depuis des années, les motos sont devenues à la fois l’outil de survie de milliers de jeunes et l’un des principaux vecteurs d’insécurité routière. Les chiffres avancés par le ministre sont éloquents : 70 % des accidents de circulation impliquent des motos, et près de la moitié des blessés hospitalisés en sont victimes. Difficile, dans ces conditions, pour un gouvernement de rester spectateur. Difficile aussi, pour les conducteurs, d’accepter sans broncher une réforme qui pourrait alourdir leur quotidien.
En annonçant la réduction des frais du permis initialement fixés à 890 000 GNF Ousmane Gaoual Diallo tente de concilier rigueur et réalité. Il promet même la gratuité pour les premiers candidats. Un geste politique, certes, mais aussi un signal : la transition veut professionnaliser le secteur sans écraser ceux qui y travaillent.
La future carte professionnelle, présentée comme un tournant, répond à cette logique. Elle doit distinguer les conducteurs de métier des usagers occasionnels, offrir des droits sociaux, structurer une activité devenue essentielle dans toutes les villes du pays. Surtout, elle ouvre une porte : celle d’une reconnaissance officielle du taxi-moto comme véritable métier, avec ses obligations mais aussi ses protections.
La réforme se veut progressive. Le ministre lui-même avoue ne pas encore disposer de permis moto, promettant sur le ton de la plaisanterie de le passer d’ici 2027 ou 2028. Un clin d’œil destiné à rassurer : personne ne sera brusqué, les centres de formation seront déployés dans toutes les préfectures, et l’objectif immédiat reste la formation, pas la sanction.
Reste un obstacle de taille : l’accès aux pièces d’identité, indispensable pour s’inscrire au permis. Sur ce point, Ousmane Gaoual Diallo assure vouloir mobiliser d’autres ministères. L’État, rappelle-t-il, s’est engagé à délivrer gratuitement ces documents encore faut-il que la promesse devienne réalité.
En toile de fond, un enjeu plus vaste se dessine : celui d’un pays qui cherche à protéger ses citoyens tout en encadrant une jeunesse qui survit comme elle peut. En appelant à « une société qui protège la vie », le ministre place la réforme du permis moto non pas comme une simple mesure administrative, mais comme un choix de civilisation.
Reste à savoir si l’exécutif saura tenir son équilibre fragile entre fermeté et compréhension, réforme et réalité du terrain. Le pari est ambitieux. L’urgence, incontestable.
Algassimou L Diallo






































