Le discours était calibré, le message assumé. À l’occasion de l’Assemblée générale ordinaire de la Confédération africaine de Mini-Football, tenue ce week-end à Conakry, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Cellou Baldé, a voulu dépasser le simple registre protocolaire. Le sport, a-t-il insisté, n’est pas qu’une affaire de compétitions et de trophées. Il serait aussi un instrument stratégique, un levier diplomatique, un outil d’influence.
« Notre engagement dépasse le simple cadre sportif », a-t-il martelé devant les représentants d’une douzaine de pays africains. Une phrase qui, à elle seule, résume l’ambition affichée : faire du terrain de jeu un espace de projection politique et de coopération régionale.
L’idée n’est pas nouvelle. Depuis des décennies, les États utilisent le sport comme vitrine de puissance douce, comme espace de dialogue indirect, parfois même comme canal de décrispation entre nations. La Guinée, à en croire son ministre, entend désormais s’inscrire pleinement dans cette logique. À travers le mini-football, discipline en pleine structuration, il s’agirait de renforcer les liens bilatéraux et multilatéraux, d’encourager les échanges techniques et de consolider l’intégration régionale.
Sur le principe, difficile de contester la portée fédératrice du sport. Il rapproche les peuples, brise les barrières linguistiques, crée des réseaux informels entre fédérations et responsables. Dans un continent en quête d’unité et de coopération accrue, ces espaces comptent.
Mais l’éditorialiste ne peut ignorer le contexte national. Les infrastructures défaillantes, les crises internes dans certaines fédérations, les retards organisationnels et les promesses de réformes répétées rappellent que la diplomatie sportive ne peut prospérer sans bases solides. Pour peser à l’extérieur, il faut d’abord stabiliser l’intérieur.
Faire du mini-football un outil de coopération est une ambition louable. Encore faut-il que cette ambition s’accompagne d’une politique cohérente de financement, de formation et de gouvernance transparente. Le sport ne peut être un simple discours d’apparat ; il doit devenir une réalité structurée.
En définitive, la déclaration du ministre pose une question essentielle : la Guinée veut-elle seulement accueillir des assemblées et multiplier les déclarations d’intention, ou ambitionne-t-elle de bâtir un véritable modèle de diplomatie sportive ?
Si le sport est appelé à devenir un levier stratégique, alors il doit être traité comme tel — avec rigueur, vision et constance. Le terrain diplomatique, lui aussi, exige discipline et résultats.
Amadou Diallo






































