La crise de liquidité qui frappe actuellement la Guinée ne se raconte plus seulement dans les chiffres macroéconomiques ou les discours officiels. Elle se vit désormais au quotidien, dans les marchés, les banques et les commerces, où trouver de l’argent liquide est devenu, pour de nombreux citoyens, un véritable chemin de croix.
Malgré les tentatives de rassurance des autorités, la réalité est têtue : le cash se fait rare et l’économie informelle, qui repose largement sur les transactions en espèces, en subit de plein fouet les conséquences. Une situation qui alimente interrogations et inquiétudes, pendant que les experts cherchent des solutions, parfois controversées.
C’est dans ce contexte que l’économiste et spécialiste des finances publiques Alhassane Makanéra Kaké propose une option radicale : créer de la monnaie pour injecter rapidement de la liquidité dans le circuit économique.
Imprimer de la monnaie : un risque calculé ?
Intervenant dans l’émission Grand Angle de la Radiodiffusion Télévision Guinéenne (RTG), l’expert estime qu’à court terme, la Banque centrale n’aurait pratiquement pas d’autre alternative.
Selon lui, même si la création monétaire comporte un risque inflationniste, le contexte économique actuel offrirait une certaine marge de manœuvre.
« Oui, cela peut créer de l’inflation, mais aujourd’hui la Guinée est dans une situation plus favorable qu’au cours des dix dernières années », explique-t-il, rappelant que le pays est passé d’une inflation à deux chiffres à environ 3,8 % actuellement.
Pour l’économiste, le choix serait donc pragmatique : éviter la paralysie économique totale.
« Je préfère un faible pouvoir d’achat à zéro pouvoir d’achat », tranche-t-il, résumant le dilemme entre le risque d’inflation et l’asphyxie économique.
La question centrale : la crise de confiance entre l’État et les citoyens
Mais au-delà des solutions techniques, l’analyse de Dr Makanéra met en lumière un problème plus profond : la crise de confiance entre l’État et les citoyens.
L’alternative classique à la création monétaire serait l’émission de bons du Trésor destinés à mobiliser l’épargne intérieure. Une solution largement utilisée ailleurs. Mais en Guinée, cette option se heurte à un mur : la méfiance.
Selon lui, les précédentes tentatives ont échoué faute d’adhésion populaire.
Le constat est sévère : depuis l’indépendance, l’État guinéen n’aurait jamais réussi à instaurer une relation de confiance suffisante pour convaincre les citoyens de confier leur épargne au Trésor public.
Résultat : l’argent existe, mais il reste hors du circuit officiel.
Autrement dit, l’épargne nationale serait bien réelle, mais immobilisée dans les circuits informels ou conservée par précaution par les ménages, loin des mécanismes de financement de l’État.
Sans réforme des finances publiques, aucune solution durable
Si la création monétaire peut servir de pansement, Dr Makanéra insiste toutefois sur une évidence souvent évitée dans les débats publics : aucune solution durable ne sera possible sans des réformes structurelles profondes.
Pour lui, la sortie définitive de la crise passe inévitablement par la réforme des finances publiques, considérée comme la colonne vertébrale de toute réforme de l’État.
Son message est clair : l’injection de liquidités ne doit être qu’une mesure transitoire, accompagnée d’un chantier plus ambitieux visant à moderniser la gestion financière publique, renforcer la transparence et restaurer la crédibilité de l’État.
Car au fond, la crise actuelle pose une question essentielle : comment construire une économie stable sans confiance entre les institutions et les citoyens ?
En Guinée, la réponse ne se trouvera pas uniquement dans les presses à billets, mais dans la capacité des autorités à réformer en profondeur la gouvernance économique. Sans cela, la crise de liquidité d’aujourd’hui pourrait bien n’être que le symptôme d’un mal plus profond.
Algassimou L Diallo




































