Conakry, 25 avril 2026. Une nouvelle page s’est ouverte ce samedi dans l’histoire du secteur extractif guinéen. Longtemps perçues comme un univers réservé aux hommes, les mines ont vu émerger à Conakry une parole forte, ambitieuse et résolument tournée vers l’avenir. La Chambre des Mines de Guinée y a organisé la toute première édition du Women’s Day – Les mines au féminin, un rendez-vous inédit consacré à la place des femmes dans l’industrie minière.
Initiée en partenariat avec Women in Mining Guinea et soutenue par NEEMBA, cette rencontre dépasse largement le cadre symbolique d’une célébration. Elle se veut le point de départ d’un changement durable : faire du leadership féminin une réalité au cœur de l’un des secteurs les plus stratégiques de l’économie nationale.
Une salle mobilisée pour un enjeu majeur
Placée sous le thème « Femmes, justice d’accès et pouvoir de décision dans le secteur minier », la journée a réuni responsables institutionnels, cadres d’entreprises, experts, professionnelles du secteur et militantes engagées pour une industrie plus juste.
Dans la salle, les échanges ont rapidement mis en lumière une réalité connue de tous : malgré son poids économique considérable, le secteur minier guinéen reste marqué par une faible représentation féminine, notamment dans les métiers techniques, les postes de direction et les sphères de gouvernance.
« Ce n’est pas un événement, c’est une fondation »
Prenant la parole à l’ouverture, Céline Wazni, trésorière du bureau exécutif de la Chambre des Mines de Guinée, a donné le ton avec fermeté.
« Ce que nous lançons aujourd’hui n’est pas un événement, c’est une fondation. »
Par ces mots, elle a voulu inscrire cette initiative dans la durée. Pour elle, l’heure n’est plus aux discours de circonstance, mais à la mise en place de mécanismes concrets : formations adaptées, recrutements basés sur le mérite, promotions équitables et accès réel aux responsabilités.
Dans une intervention saluée par l’assistance, elle a insisté sur la nécessité de dépasser les approches symboliques.
« Nous ne voulons pas des femmes dans les mines comme vitrines, nous voulons des femmes comme architectes. »
Une phrase forte, qui résume l’esprit de cette première édition.
Women in Mining Guinea plaide pour un changement structurel
À ses côtés, Aïssata Beavogui, présidente du conseil d’administration de Women in Mining Guinea, a rappelé la mission de son organisation : accompagner, former, connecter et valoriser les femmes actives dans l’industrie minière.
Selon elle, le partenariat engagé avec la Chambre des Mines vise à faire du Women’s Day un espace permanent de réflexion, d’apprentissage et d’action.
Elle a également replacé le débat dans une perspective nationale plus large, évoquant les ambitions liées au projet Simandou 2040. Pour la dirigeante, la réussite de ce programme historique ne se mesurera pas seulement en tonnes extraites ou en recettes générées, mais aussi dans la capacité de la Guinée à bâtir une industrie moderne et inclusive.
Le gouvernement appelle à la justice sociale
Présente à la rencontre, la ministre de la Femme, de la Famille et des Solidarités, Patrice Adeline Lamah, a salué une initiative qu’elle juge « pertinente et nécessaire ».
Dans un contexte où la Guinée accélère ses grands projets économiques, elle a rappelé que la croissance ne peut être durable sans équité.
« Il ne peut y avoir de développement durable sans justice sociale. »
La ministre a réaffirmé l’engagement de son département à soutenir cette dynamique, notamment à travers le renforcement des capacités féminines et la levée des obstacles structurels qui freinent encore l’accès des femmes à certains métiers et postes de décision.
NEEMBA mise sur la compétence féminine
Sponsor officiel de l’événement, NEEMBA a également porté un message clair. Son Directeur Pays, Mamadou Lô, a rappelé le rôle stratégique de la Guinée sur la scène minière mondiale, en tant que deuxième producteur de bauxite et futur acteur majeur du fer grâce à Simandou.
Mais pour lui, cette puissance minière doit désormais rimer avec inclusion.
« Les femmes représentent aujourd’hui environ 15 % de la main-d’œuvre formelle du secteur minier en Guinée. C’est à la fois un progrès et un potentiel encore largement inexploité. »
Au sein de son entreprise, a-t-il expliqué, plus de 20 % des effectifs sont féminins, y compris dans des postes techniques et managériaux. Programmes de mentorat, stages, formations spécialisées et développement de la NEEMBA Academy figurent parmi les leviers engagés.
Une révolution silencieuse en marche
Au fil des interventions, un constat s’est imposé : la question de la place des femmes dans les mines n’est plus périphérique. Elle devient centrale.
Dans un secteur appelé à transformer durablement l’économie guinéenne, la réussite passera aussi par la capacité à mobiliser tous les talents, sans exclusion.
Avec cette première édition du Women’s Day, la Chambre des Mines de Guinée et ses partenaires envoient un signal fort : l’avenir minier du pays ne se construira pas sans les femmes.
Et peut-être même, désormais, avec elles en première ligne.
Sibé Fofana

































