À Kamissaya, sous le soleil de Kindia, le lancement de la première centrale solaire photovoltaïque de 50 MW n’a pas seulement marqué un tournant énergétique. Il a aussi ravivé une mémoire politique que certains auraient préféré laisser dans l’ombre.
En posant la première pierre, samedi 18 avril 2026, le Premier ministre Bah Oury a fait bien plus que lancer un chantier. Il a rouvert, avec une pointe d’ironie, un vieux dossier : celui des promesses non tenues en matière d’électrification. En ligne de mire, une déclaration devenue symbole d’impuissance politique. En 2018, l’ancien chef du gouvernement, Ibrahima Kassory Fofana, expliquait l’échec d’un projet électrique en Haute Guinée par la mort soudaine d’un investisseur chinois.
Huit ans plus tard, la réplique est cinglante, presque théâtrale : « Le Chinois est… ressuscité à Kamissaya ». Derrière la formule, un message clair : l’ère des justifications improbables est révolue, place aux actes.
Car ce projet solaire, au-delà de sa portée technique, se veut un symbole de rupture. Rupture avec les projets annoncés mais jamais réalisés. Rupture avec une gouvernance accusée d’avoir confondu ambition et illusion. Et surtout, rupture avec une culture de l’excuse devenue, au fil des années, un frein au développement.
Le pari est audacieux. Le gouvernement entend démontrer que la Guinée peut désormais transformer ses promesses en infrastructures concrètes. En s’engageant dans la diversification de son mix énergétique, il affiche une volonté de renforcer sa souveraineté, longtemps fragilisée par une dépendance chronique et des projets inachevés.
Mais au-delà des discours, l’enjeu est ailleurs : dans la capacité à traduire cette dynamique en résultats tangibles pour les populations. Car l’électricité, en Guinée, n’est pas qu’une question de confort. C’est une question de dignité, de développement et d’équité territoriale.
Bah Oury l’a lui-même souligné : il ne s’agit pas seulement de panneaux solaires et de câbles, mais d’un véritable projet de société. Une ambition qui vise à éclairer les foyers, soutenir l’économie locale et réduire les inégalités.
Reste à savoir si Kamissaya sera le début d’une nouvelle ère ou un énième symbole suspendu entre promesse et réalité. Cette fois, l’opinion attend plus que des mots. Elle attend la lumière…
Amadou Diallo


































