Ce qui devait être une avancée majeure pour les acteurs culturels guinéens est-il en train de se transformer en gouffre financier ? Derrière l’ambition sociale de l’assurance maladie dédiée aux artistes, le ver semble déjà dans le fruit. Et c’est le ministre de la Culture lui-même, Moussa Moïse Sylla, qui tire la sonnette d’alarme.
Vendredi, à l’occasion du lancement du site du BGDA et de la répartition des droits d’auteur, le ton a changé. Loin des annonces festives, le ministre s’est livré à une dénonciation frontale d’un système qu’il juge gangrené par des pratiques frauduleuses.
Au cœur de ses accusations : une chaîne de complicités présumées entre patients, médecins et pharmaciens. Le schéma, décrit avec indignation, est aussi simple qu’inquiétant. Pour de simples maux de tête, certains bénéficiaires obtiendraient des ordonnances démesurées, atteignant parfois des montants vertigineux. Là où quelques comprimés suffiraient, des prescriptions chiffrées à plusieurs millions de francs guinéens seraient délivrées.
Mais le scandale ne s’arrête pas là. Selon le ministre, une fois dans certaines pharmacies partenaires, les patients ne retireraient qu’une infime partie des médicaments prescrits. Le reste de la somme ferait l’objet d’un partage frauduleux entre les différents acteurs impliqués. Une mécanique bien rodée, qui détourne l’esprit même de cette politique sociale.
Plus grave encore, ces pratiques ne seraient pas isolées. Plusieurs cas auraient déjà été identifiés, laissant craindre un phénomène plus large et systémique. En filigrane, c’est toute la crédibilité du dispositif qui vacille.
Face à cette dérive, le ministre annonce une riposte. Il affirme avoir instruit le BGDA et la compagnie NSIA de durcir les mécanismes de contrôle. Désormais, prévient-il, tout passera au crible : hospitalisations, prescriptions, délivrance des médicaments. L’objectif est clair : mettre fin aux abus avant qu’ils ne vident les caisses.
Car l’enjeu dépasse les simples irrégularités. Ce programme repose sur un équilibre fragile. À force de détournements, les fonds pourraient s’épuiser prématurément, compromettant la couverture des bénéficiaires et, à terme, l’existence même du dispositif.
Derrière cette affaire, une question de fond se pose : comment protéger une politique sociale dans un environnement où la fraude semble trouver des relais jusque dans les circuits censés la garantir ? Sans réponse ferme et durable, l’assurance maladie des artistes risque de devenir un symbole de plus des réformes dévoyées.
Ironie du moment, la conférence s’est achevée dans une ambiance festive, entre chants et danses d’artistes. Comme un contraste saisissant avec la gravité des révélations. Entre célébration et inquiétude, le monde culturel guinéen se retrouve aujourd’hui à la croisée des chemins.
Fatimatou Diallo


































