À l’occasion de la deuxième édition de l’examen national ADLaM, Dr Mamadou Sounny Diallo, enseignant-chercheur à l’Université de Sonfonia Conakry et président d’Adlam Guinée, décrypte la montée en puissance de cette écriture, entre enracinement culturel, défis institutionnels et ambitions nationales.
Interview
Vous assistez aujourd’hui à la deuxième édition de l’examen national ADLaM. Quel regard portez-vous sur l’évolution de cette initiative depuis son lancement ?
Dr Mamadou Sounny Diallo : Nous observons une progression encourageante, qui traduit l’engouement croissant des Guinéens pour notre écriture et, au-delà, pour leur identité. Cette deuxième édition consacre à la fois l’ancrage territorial et la crédibilité de notre académie.
Avec 4 723 candidats à travers le pays, peut-on dire que l’apprentissage de l’ADLaM commence réellement à s’imposer dans les habitudes éducatives ?
Dr : Absolument. Ce chiffre témoigne d’un véritable enracinement. Toutefois, des efforts restent nécessaires pour généraliser cette initiative. Il montre aussi que l’ADLaM sort progressivement des cercles militants pour entrer dans les foyers et les pratiques éducatives des Guinéens.
Dans deux ou trois ans, que peut-on espérer si cette dynamique se poursuit ? Peut-on envisager une généralisation de son enseignement ?
Dr : Nous pouvons espérer une intégration dans plusieurs établissements, puis, à terme, une adoption nationale progressive. Mais cela suppose un appui plus soutenu des autorités : intégration dans les écoles primaires et communautaires, élaboration de manuels standardisés et formation d’enseignants en nombre suffisant.
Certains restent opposés à l’enseignement des langues nationales et des écritures locales. Quel message leur adressez-vous ?
Dr : Notre culture mérite le respect. L’ADLaM n’efface rien, il enrichit notre diversité linguistique. Nos langues nationales ne menacent ni notre histoire ni notre cohésion. L’ADLaM est un complément, un support identitaire solide. Il ne rejette personne, il s’ouvre à tous.
Quel appel lancez-vous aux autorités pour renforcer la promotion de l’ADLaM ?
Dr : Il est essentiel de soutenir financièrement et institutionnellement la formation des enseignants et la production de manuels scolaires. L’intégration de l’ADLaM dans le curriculum officiel, le financement de la recherche et l’appui aux examens nationaux sont des étapes clés.
Quel message adressez-vous aux parents d’élèves ?
Dr : Encourager les enfants à parler leur langue maternelle et à l’écrire en ADLaM, c’est leur offrir une véritable fierté identitaire. Transmettre cette fierté est un devoir. L’ADLaM est un héritage vivant qui ouvre des perspectives culturelles et renforce l’estime de soi.
En quoi la maîtrise de l’ADLaM peut-elle contribuer à préserver notre patrimoine culturel ?
Dr : L’ADLaM permet de préserver nos racines, de transmettre notre histoire et de renforcer notre dignité culturelle face aux défis modernes. Il fixe notre mémoire collective par l’écrit, sauvegarde nos contes et proverbes, et transmet notre génie culturel aux générations futures.
Peut-on espérer voir un jour l’ADLaM devenir une matière officielle dans tout le système éducatif guinéen ?
Dr : Oui, c’est un rêve à la fois légitime et réaliste, à condition que la volonté politique et l’engagement citoyen aillent de pair.
Entretien réalisé par Alpha Amadou Diallo
































