À Matoto, quelque chose est en train de changer. Et ce n’est pas un simple effet de mode. À l’occasion de la deuxième édition de l’examen national Adlam, le constat saute aux yeux : une mobilisation massive, des salles combles, et surtout une conviction qui s’enracine. Celle que l’avenir de l’éducation guinéenne pourrait bien s’écrire… en langues nationales.
Face à cette montée en puissance, Aysha Sow, vice-présidente d’Adlam Guinée et présidente de Soukabe Adlam Winderet, ne cache pas sa satisfaction. Mais au-delà de l’enthousiasme, son discours traduit une réalité plus profonde : l’Adlam n’est plus une expérience marginale. C’est désormais un mouvement.
Une vague nationale impossible à ignorer
Avec plus de 4 200 candidats répartis sur l’ensemble du territoire, cette deuxième édition marque un tournant. Ce qui était hier relégué aux cercles militants s’impose aujourd’hui comme une dynamique nationale. À Matoto comme ailleurs, les centres d’examen débordent. Une affluence qui en dit long sur la soif d’appropriation culturelle et linguistique.
L’Adlam s’inscrit désormais dans une perspective bien plus large. Celle du projet Simandou 2040, qui ambitionne d’alphabétiser des millions de Guinéens. Une intégration stratégique qui confère à ce système d’écriture un rôle clé : celui de passerelle entre identité et développement.
Langues nationales : le temps du complexe est révolu
Mais toute avancée suscite des résistances. Aux sceptiques, Aysha Sow répond sans détour : aucune langue ne s’impose sans combat. Derrière le rayonnement du français, de l’anglais ou du mandarin, il y a des politiques volontaristes, des sacrifices, et surtout une fierté assumée.
Le message est clair : attendre une reconnaissance extérieure sans investir dans ses propres langues relève de l’illusion. L’Adlam, dans cette logique, devient un acte politique autant qu’éducatif. Une manière de reprendre la main sur un héritage longtemps négligé.
Le pari décisif du foyer
Mais la bataille ne se gagnera pas uniquement dans les salles de classe. Elle commence à la maison. C’est là que se joue, selon Aysha Sow, le véritable tournant : celui du bilinguisme familial.
Parler sa langue maternelle à ses enfants, ce n’est pas un repli identitaire, c’est un levier pédagogique. Les recherches sont formelles : un enfant qui maîtrise sa langue d’origine apprend mieux, plus vite, et avec plus de confiance.
Dans ce combat pour la valorisation des langues nationales, les parents deviennent ainsi les premiers acteurs. L’école peut enseigner, mais le foyer doit transmettre.
Une révolution en marche
L’Adlam n’est plus une option. C’est une orientation. Une prise de conscience collective qui pourrait redéfinir les bases mêmes du système éducatif guinéen.
Reste à savoir si cette dynamique sera pleinement accompagnée, structurée, et surtout pérennisée. Car derrière l’engouement actuel se joue une question essentielle : la Guinée est-elle prête à écrire son avenir dans ses propres mots ?
Alpha Amadou Diallo































