Il fut un temps où le livre était une porte ouverte sur le monde. Une boussole pour comprendre l’histoire, décrypter les sociétés, explorer les territoires et saisir les mystères de la vie. Dans ses pages se croisent les destins des bâtisseurs de nations, les récits fondateurs, les découvertes scientifiques et les réponses aux grandes interrogations humaines. Le livre n’est pas un objet ordinaire : il est mémoire, savoir et transmission.
Et pourtant, en Guinée, ce pilier silencieux du savoir semble aujourd’hui relégué au second plan. À mesure que les écrans gagnent du terrain, que les réseaux sociaux captent l’attention et redéfinissent les habitudes, le livre recule. Lentement, mais sûrement. Au point qu’une formule, à la fois ironique et inquiétante, circule désormais : pour cacher quelque chose à un enfant, il suffirait de le glisser entre les pages d’un livre.
Derrière cette réalité, c’est toute une culture de la lecture qui vacille. Dans de nombreux foyers, les priorités ont changé. Le smartphone, les vêtements de marque ou les accessoires à la mode s’imposent comme des symboles de réussite, reléguant le livre au rang d’objet secondaire, presque inutile. Le résultat est visible : un affaiblissement progressif du niveau général, une difficulté croissante à analyser, à argumenter, à penser en profondeur.
Mais réduire cette crise à une simple question de choix individuels serait une erreur. Elle est aussi le reflet d’un manque de politiques publiques fortes en faveur de la lecture. Dans les écoles, les bibliothèques sont rares ou sous-équipées. Les initiatives incitatives restent timides, parfois inexistantes. Or, sans un environnement propice, la lecture ne peut s’imposer comme une habitude durable.
Le défi est donc collectif. Il concerne les parents, les éducateurs, mais aussi les décideurs. Car une nation qui tourne le dos au livre prend le risque de s’éloigner du savoir, et donc de compromettre son propre avenir. Réhabiliter le livre, ce n’est pas s’opposer au numérique. C’est rétablir un équilibre, redonner toute sa place à l’apprentissage en profondeur dans un monde dominé par l’instantané.
Remettre le livre au cœur de l’éducation en Guinée n’est plus une option, c’est une urgence. Cela passe par des bibliothèques accessibles, des programmes scolaires valorisant la lecture, des politiques d’encouragement ambitieuses et, surtout, par un changement de regard. Car derrière chaque livre ouvert se cache une conscience qui s’éveille.
Et dans le silence d’une page tournée, c’est peut-être l’avenir d’un pays qui se joue.
Amadou Diallo

































