La nouvelle a de quoi glacer le sang. Daouda Bah, reporter à la RTG, a été sauvagement agressé lundi soir alors qu’il regagnait son domicile à moto. Pris pour cible au quartier Bonboli, sur l’axe Hamdallaye-Bambéto, il n’a eu pour seul tort que de croiser le chemin de jeunes se réclamant de manifestants. Sa moto arrachée, son visage frappé violemment, il ressort de cette barbarie avec un œil perdu. Un confrère mutilé, une vie bouleversée à jamais.
Ce drame ne peut être relégué au rang des faits divers. Il interroge l’état de notre société et la dérive d’une violence devenue banale. À peine le Premier ministre tendait-il une main aux jeunes de l’axe, leur rappelant l’urgence de tourner le dos aux manipulations et aux agressions gratuites, qu’un journaliste – dont la mission est d’informer – se retrouve victime d’une brutalité aveugle. Ironie tragique.
La liberté de la presse ne saurait cohabiter avec la terreur des rues. Un pays où un journaliste perd un œil pour avoir simplement circulé est un pays qui s’enfonce dans la peur et l’impunité. Où va donc la Guinée, si chaque contestation devient une licence pour frapper, détruire et mutiler ?
La justice doit se saisir de ce crime avec fermeté et exemplarité. Les auteurs de cette agression doivent être retrouvés et jugés, non seulement pour réparer un tort individuel, mais pour rappeler que la violence ne peut jamais être un mode d’expression politique. Sans cela, nous risquons d’entériner une logique de chaos où personne – ni journaliste, ni citoyen – ne sera en sécurité.
Parce que ce n’est pas seulement l’œil de Daouda Bah qui a été crevé hier soir. C’est une part de notre conscience collective qui s’éteint à chaque fois que nous laissons la violence triompher du droit.
Alpha Amadou Diallo






































