Édito :
En Guinée, toucher son salaire relève moins d’un droit que d’un parcours du combattant. Chaque fin de mois, les travailleurs, déjà éprouvés par la cherté de la vie, s’engagent dans une autre bataille : celle des files interminables devant les banques. Dès l’aube, ils se rangent en colonnes disciplinées, espérant être servis avant l’épuisement des caisses. Souvent, leur patience s’écrase contre des guichets sous-dimensionnés, des pannes de réseau chroniques et, pire encore, l’éternelle réponse : « il n’y a plus de liquidités ».
Comment comprendre qu’en 2025, alors que partout ailleurs les services bancaires se digitalisent, les travailleurs guinéens restent prisonniers d’un système archaïque où retirer son salaire ressemble à une loterie ? L’absence de carte bancaire fonctionnelle, la quasi-inexistence des distributeurs automatiques et l’immobilisme des autorités prolongent une situation qui frôle l’indignité.
Les conséquences sont lourdes : journées entières sacrifiées à attendre son propre argent, stress accumulé, perte de productivité dans les administrations et entreprises. Autrement dit, c’est toute l’économie nationale qui pâtit de cette inefficacité bancaire.
Il est urgent que l’État et les banques cessent de se renvoyer la responsabilité. Moderniser le système bancaire, injecter davantage de liquidités et miser enfin sur la digitalisation ne sont pas des options, mais une nécessité. Car un pays qui empêche ses travailleurs d’accéder à leurs salaires sape lui-même les bases de son développement.
Alpha Amadou Diallo






































