La libération provisoire d’Aissatou Doukouré, ancienne ambassadrice de Guinée en Belgique, soulève plus de questions qu’elle n’en résout. Arrêtée en juin dernier à son domicile pour des accusations graves — traite d’êtres humains, coups et blessures — elle recouvre aujourd’hui sa liberté, non pas grâce à l’évolution normale d’un dossier judiciaire, mais sous la pression d’une diplomatie activée en haut lieu.
Le ministre des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, mandaté par le général Mamadi Doumbouya, a plaidé à Bruxelles pour rappeler que l’affaire relevait d’abord d’un “problème guinéo-guinéen” avant d’être un dossier judiciaire. Derrière cette formule sibylline, c’est la vieille tension entre immunité diplomatique et responsabilité pénale qui refait surface. Peut-on invoquer l’immunité pour échapper à des accusations aussi lourdes que la traite d’êtres humains ?
La justice belge a choisi la prudence, accordant une liberté provisoire à Mme Doukouré, pendant que Conakry brandit le bouclier diplomatique. Mais ce choix interroge : ne risque-t-on pas de confondre protection des nationaux et obstruction à la vérité ?
À sa sortie, l’ancienne diplomate n’a pas manqué de remercier le président Doumbouya et son ministre, les érigeant en “sauveurs”. Là encore, le symbole est lourd : la gratitude politique prend le pas sur la reddition judiciaire.
Au fond, cette affaire révèle les zones grises de la diplomatie guinéenne : défendre l’image d’un pays, protéger ses représentants, certes ; mais jusqu’où ? La ligne rouge entre solidarité nationale et impunité ne doit pas être franchie. Car si la diplomatie se substitue à la justice, alors c’est l’État de droit qui en paie le prix.
Moussa Aziz Camara






































