Seize ans après le massacre du 28 septembre 2009, la Guinée semble trébucher une nouvelle fois sur le chemin de la justice et de la mémoire. En accordant sa grâce présidentielle à l’ancien chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, le général Mamadi Doumbouya a rallumé une plaie que le pays peine encore à cicatriser.
Amnesty International, Human Rights Watch, l’OGDH, mais aussi l’Association des victimes du 28 septembre (AVIPA) n’ont pas tardé à s’indigner. Dans une lettre ouverte, ces organisations ont exigé l’annulation immédiate de cette mesure, qu’elles jugent contraire aux engagements internationaux de la Guinée. Une clameur qui ne vient pas seulement de la société civile, mais des entrailles mêmes d’une mémoire collective meurtrie.
Car il ne s’agit pas ici d’un simple acte administratif. La grâce présidentielle en faveur de Moussa Dadis Camara envoie un signal dangereux : celui d’une impunité qui se perpétue, au mépris du sang versé au stade de Conakry. Plus de 150 morts, 1 400 blessés, des centaines de femmes violées : ces chiffres ne sont pas des statistiques. Ce sont des vies brisées, des familles endeuillées, une nation traumatisée.
Le silence embarrassé de la défense de Dadis en dit long. Me Antoine Pépé Lamah refuse de commenter, et Me Almamy Samory Touré lâche simplement : « J’ai fini avec ce dossier. » Comme si l’affaire pouvait se clore par le bon vouloir d’un décret. Mais la justice, elle, ne se décrète pas. Elle s’exerce, ou elle se nie.
En signant cette grâce, le président de la transition prend le risque d’anéantir la fragile confiance que les Guinéens plaçaient encore dans l’idée d’un État de droit. Pire, il envoie au monde l’image d’un pays qui protège ses bourreaux au lieu d’honorer ses victimes.
À l’heure où la Guinée prétend bâtir des institutions solides et tourner la page des régimes arbitraires, ce geste est tout simplement une faute politique et morale. Une faute qui appelle réparation : la grâce présidentielle de Moussa Dadis Camara doit être annulée, si l’on veut que justice et mémoire aient encore un sens dans ce pays.
Mohamed Aly Diallo






































