Chronique : le fer, la foi et la fierté nationale
Il y a des jours qui dépassent la simple actualité pour s’inscrire dans le récit d’une nation. Ce mardi 11 novembre 2025 en fait partie. Sous un ciel clair, au port flambant neuf de Moribaya, la Guinée a vu s’élancer le tout premier navire chargé du minerai de fer du Simandou. Une image forte, presque irréelle, pour un pays longtemps prisonnier de ses retards, de ses blocages et de ses promesses inachevées.
Autour du Général Mamadi Doumbouya, initiateur et garant de cette renaissance, les symboles ne manquaient pas : deux chefs d’État africains, Paul Kagame du Rwanda et Brice Oligui Nguema du Gabon, un vice-Premier ministre chinois, des investisseurs venus des quatre coins du monde, et surtout une fierté palpable dans le regard des Guinéens. Pour la première fois depuis longtemps, la Guinée ne présentait pas un rêve à financer, mais une réussite à célébrer.
Le port de Moribaya, construit en un temps record, a servi d’écrin à ce moment d’histoire. Et c’est un autre homme clé du projet, Mamoudou Nangnalén Barry, Président du Conseil d’Administration de la Compagnie du TransGuinéen (CTG), qui a su en mesurer la portée. D’une voix chargée d’émotion, il a rappelé ce que fut le point de départ : une zone marécageuse, oubliée du développement. Trois ans plus tard, un port en eau profonde, un chemin de fer de 650 kilomètres, et une capacité d’exportation de 120 millions de tonnes de minerai par an.
« Ce port, a-t-il lancé, est le résultat d’une vision : celle du co-développement. La Guinée ne loue plus ses ressources, elle en devient copropriétaire. » Une phrase qui résonne comme un manifeste politique autant qu’économique.
Mais au-delà du chantier, c’est bien une philosophie qui se dessine : celle de l’autonomie et du progrès partagé. Car dans l’esprit du président Doumbouya, Simandou ne doit pas se limiter à exporter du fer, mais à forger de la valeur. Mamoudou Barry l’a d’ailleurs confirmé : la prochaine étape, déjà inscrite dans les accords, sera la transformation locale du minerai en acier — une ambition africaine, sur le sol africain, en Guinée.
Puis vint la voix de Djiba Diakité, ministre directeur de cabinet et président du comité stratégique du projet Simandou. Son discours, dense et habité, a replacé le projet dans une dimension humaine :
« Chaque minerai extrait est une brique dans la construction de notre avenir. Chaque rail posé est un pas de plus vers notre destinée. Chaque emploi créé est une lueur d’espoir pour chaque famille guinéenne. »
Le ton était donné : Simandou n’est pas qu’un chantier industriel, c’est une aventure nationale. Le ministre a rappelé les trois axes de cette politique du contenu local emploi, partenariats, durabilité — comme autant de fondations d’une Guinée nouvelle, fière de produire et de se transformer elle-même.
Quand le premier navire a pris le large, sous les applaudissements, on pouvait lire sur les visages une émotion rare : celle d’un peuple qui voit enfin une promesse se réaliser. Pour beaucoup, c’était plus qu’un départ de minerai — c’était un départ symbolique, celui d’un pays qui quitte le quai de la résignation pour embarquer vers le développement.
Dans un monde où les nations se définissent autant par ce qu’elles produisent que par ce qu’elles osent, la Guinée vient de rappeler qu’elle n’est plus spectatrice. Le fer du Simandou, c’est aussi le métal de sa fierté retrouvée.
Abdoul Chaolis Diallo






































