Conakry étouffe. Dans les embouteillages, dans le vacarme des klaxons, mais surtout dans le sang versé sur ses routes. Plus de 12 000 accidents en une seule année, 4 000 personnes handicapées à vie, des milliers de familles brisées. Le constat dressé par le ministre des Transports, Ousmane Gaoual Diallo, n’est pas seulement alarmant : il est accablant. Derrière les chiffres, ce sont des vies jeunes, productives, censées porter l’avenir économique du pays, qui disparaissent ou basculent à jamais.
La route guinéenne est devenue un espace de non-droit où l’imprudence se conjugue à l’absence de formation, à la faiblesse du contrôle et à la banalisation de l’irresponsabilité. Les engins à deux et trois roues, omniprésents dans le paysage urbain, paient le plus lourd tribut. Ils concentrent près de 70 % des accidents et génèrent plus de 60 % des traumatismes routiers. Une véritable hécatombe que le ministre n’hésite pas à qualifier de « catastrophe ».
Face à ce drame quotidien, les autorités annoncent une riposte. Formation renforcée, permis de conduire désormais exigés pour les motocyclistes et conducteurs de tricycles, centres d’apprentissage ouverts, vaste campagne de sensibilisation : l’arsenal se veut préventif. À cela s’ajoute un durcissement du cadre légal avec la révision du Code de la route, censé doter la police et les forces de sécurité d’outils juridiques plus fermes pour sanctionner les comportements à risque.
Mais l’édito ne peut s’arrêter aux intentions. Car la réalité est têtue. Comment exiger le respect strict de la loi quand les infrastructures manquent cruellement ? Les centres de contrôle technique sont insuffisants, concentrés à Conakry, et hors de portée de nombreux citoyens de l’intérieur du pays. L’État le reconnaît lui-même : il ne peut pas tout faire seul. D’où l’appel lancé au secteur privé, invité à investir ce segment stratégique, avec à la clé des incitations, voire des subventions, pour une couverture nationale équitable.
Au-delà des accidents, c’est aussi la question environnementale qui s’invite dans le débat. Pollution sonore, émissions de carbone, véhicules vétustes : la circulation anarchique dégrade le cadre de vie et menace la santé publique. Là encore, le contrôle technique apparaît comme un levier essentiel, à condition qu’il soit accessible à tous.
Conakry est aujourd’hui à la croisée des chemins. Soit les annonces se traduisent en actions concrètes, cohérentes et durables, soit la route continuera de faucher des vies dans l’indifférence générale. La sécurité routière n’est pas un luxe ni une option politique : c’est une urgence nationale. Et chaque jour perdu se compte en morts évitables.
Amadou Diallo






































