Dans les ruelles calmes de Khabitaya, à Matoto, le scrutin présidentiel s’est ouvert sous le signe d’une sérénité presque inhabituelle. Peu d’affluence, mais une détermination intacte : celle de citoyens venus, parfois au prix de l’âge et de la fatigue, déposer leur voix dans l’urne.
En ce matin d’élection, Matoto offre un visage ralenti. La circulation est presque figée, les boutiques pour la plupart closes, et seuls quelques motards rompent le silence entre le grand marché et les secteurs du quartier. Nous sommes à Khabitaya, au centre de formation professionnelle (CFP) OBK. Il est huit heures. Devant les bureaux de vote, les électeurs avancent en file indienne, pressés d’accomplir leur devoir civique.
Ici, l’affluence n’est pas celle des grands jours. Quatre bureaux de vote fonctionnent normalement, chacun encadré par un agent posté à l’entrée pour orienter les électeurs parfois hésitants. Aucun incident n’est signalé jusqu’à notre départ. Le processus se déroule sans heurts, dans le calme et la discipline.
Même atmosphère à l’École primaire Africof. Le vote s’y déroule paisiblement. Vieilles femmes, jeunes filles et garçons répondent présents, dans une sobriété presque recueillie. Les autorités veillent discrètement : un véhicule de la police et un 4×4 estampillé HAC sont stationnés à proximité.

C’est là que notre reporter rencontre une vieille dame, le regard vif malgré les années.
— « Bonjour grand-mère, vous avez voté ? »
— « Oui ! », répond-elle sans hésiter.
Interrogée sur sa motivation, elle livre un témoignage empreint d’histoire et d’émotion :
« C’est normal de venir apporter sa voix à son candidat. C’est un plaisir pour moi. En 1958, je n’avais pas voté, j’étais trop jeune. Mais depuis le temps de Lansana Conté, à chaque élection, j’ai toujours voté. Parfois mon choix ne passait pas, mais je votais quand même. Aujourd’hui, mes enfants et petits-enfants voulaient m’en empêcher, disant que je me fatiguerais pour rien. Je leur ai dit non. Je ne sais pas si le prochain vote me trouvera en vie. Peut-être que celui-ci est le dernier de ma vie. Alors il fallait que je vienne. Ils ont finalement décidé de me faire accompagner par mon petit-fils. Je les en remercie. »
Elle conclut, sourire aux lèvres, comme on referme une page d’histoire.
Toujours à Khabitaya, au groupe scolaire Sadialiou Diallo, le constat est identique : peu d’engouement, mais un climat de sérénité totale. Les électeurs accomplissent leur devoir dans le calme. Les agents des bureaux de vote, courtois et disponibles, nous orientent vers le président du bureau après vérification de notre accréditation délivrée par la HAC. Images prises dans une ambiance cordiale, puis départ sans incident.
Dernière étape : le groupe scolaire Frantz Fanon, également à Khabitaya, qui compte quatre bureaux de vote. Particularité notable : ici, seul le président d’un bureau accepte de communiquer le nombre d’inscrits. Pour le reste, tout se déroule conformément aux procédures établies.

À Matoto, en ce jour décisif, la présidentielle ne fait pas foule, mais elle fait sens. Derrière les urnes discrètes, le civisme, lui, demeure bien vivant.
Alpha Amadou Diallo





































