En Gambie, l’histoire rattrape ses acteurs. Jeudi, devant la Haute Cour de Banjul, s’est ouvert un procès qui résonne bien au-delà des murs du tribunal : celui de Sanna Manjang, ancien chef des « junglers », cette unité paramilitaire redoutée, longtemps assimilée à un escadron de la mort sous le régime de Yahya Jammeh.
Pour la première fois, l’un des visages emblématiques de cette machine répressive se retrouve face à la justice de son pays. Une scène impensable il y a encore quelques années, lorsque le pouvoir semblait absolu, intouchable, et que la peur servait de loi. Aujourd’hui, le décor a changé. Le fauteuil du commandement n’est plus le même. Et avec lui, l’illusion de l’impunité s’effrite.
Sanna Manjang comparaît pour deux chefs d’accusation de meurtre, dont celui de Kajali Jammeh, présenté comme un ancien membre présumé du MFDC, le mouvement séparatiste de la Casamance sénégalaise. À la barre, l’accusé a plaidé non coupable. Mais au-delà de sa défense, c’est tout un système qui se retrouve exposé, disséqué, questionné.
Ce procès sonne comme un avertissement silencieux mais puissant à ceux qui exercent aujourd’hui le pouvoir, en Gambie comme ailleurs. Gouverner n’est jamais éternel. Commander par la force, encore moins. Les ordres donnés dans l’ombre, les violences justifiées au nom de la sécurité ou de la stabilité, finissent toujours par remonter à la surface. Le temps politique est court ; celui de la justice est long, mais tenace.
Aux hommes forts d’aujourd’hui, cette audience rappelle une vérité simple : le pouvoir est un passage, la responsabilité demeure. Écouter les bons conseils, respecter la vie humaine, inscrire l’action publique dans le droit et non dans la peur, voilà ce qui protège réellement de l’histoire. Car un jour vient toujours où l’on ne commande plus. Et ce jour-là, seuls les actes parlent.
En Gambie, la justice a commencé à parler. Le reste du continent ferait bien de tendre l’oreille.
Algassimou L Diallo





































