À force de célébrer la mine comme horizon de développement, la Guinée risque d’oublier l’essentiel : on ne reconstruit pas une forêt détruite, on ne ressuscite pas une biodiversité anéantie, et on ne répare jamais totalement un équilibre naturel brisé. L’alerte lancée par l’ONG Climate Rights International sur les risques humains et environnementaux de l’exploitation du fer dans les monts Nimba sonne comme un rappel brutal à la réalité.
Alors que l’État guinéen se félicite du lancement en grande pompe du projet Simandou, présenté comme le plus grand gisement de fer au monde, un autre front minier se prépare dans le silence relatif : celui des monts Nimba, au sud du pays. La société états-unienne Ivanhoe Atlantic ambitionne d’y démarrer ses activités dès le début de l’année. Un projet minier de plus, dira-t-on. Sauf que Nimba n’est pas un site ordinaire.
Aux confins de la Guinée, du Liberia et de la Côte d’Ivoire, les monts Nimba constituent un sanctuaire écologique unique en Afrique de l’Ouest. Espèces endémiques rares, écosystèmes fragiles, rôle crucial dans la régulation du climat et dans le cycle de l’eau : cette chaîne montagneuse est bien plus qu’un décor naturel. Elle est le château d’eau de toute une région, la source de nombreux cours d’eau, le refuge d’une biodiversité que le monde entier nous envie. Ce n’est pas un hasard si Nimba est le seul site guinéen classé au patrimoine mondial de l’Unesco même s’il est aujourd’hui inscrit sur la liste « en péril », depuis que près d’un millier d’hectares ont été déclassés au profit de l’industrie minière.
L’étude d’impact révélée par Climate Rights International met des mots clairs sur ce que beaucoup redoutent : l’exploitation du fer dans cette zone pourrait provoquer des dégâts irréversibles. « Ce n’est pas uniquement la forêt, les animaux ou les humains. C’est un tout », avertit Fabien Offner, membre de l’ONG. Détruire Nimba, c’est perturber un cycle naturel qui capte la pluie, alimente les rivières et protège les communautés riveraines. C’est jouer avec des équilibres dont la rupture aura des conséquences durables, bien au-delà des frontières guinéennes.
Et les impacts humains ne sont pas en reste. Pression accrue sur les terres, compétition pour l’eau et les ressources, fragilisation des moyens de subsistance : l’activité minière, même à ses débuts, risque de rendre la vie plus difficile aux populations locales. Le fer, aussi précieux soit-il, ne se mange pas. Et le développement qu’il promet peut vite se transformer en mirage si les coûts sociaux et environnementaux sont ignorés.
La question posée est donc simple, mais fondamentale : à quel prix la Guinée veut-elle exploiter le fer des monts Nimba ? Qu’a-t-elle à gagner, et surtout, qu’a-t-elle à perdre ? Le gouvernement, actionnaire à hauteur de 10 % dans le projet, ne peut se contenter d’un rôle d’observateur. S’il choisit d’avancer, il porte la responsabilité morale et politique de garantir une application rigoureuse des recommandations environnementales et d’accepter, le cas échéant, que certains sites doivent rester intouchables.
Car le fer s’épuise, mais la nature détruite ne revient jamais. Et dans ce choix entre croissance immédiate et héritage durable, c’est l’avenir écologique et humain de la Guinée qui se joue.
Algassimou avec RFI






































