Il aura fallu des mois d’enquête, des dizaines de mis en cause et un procès à rallonge pour rappeler une évidence que certains semblent encore ignorer : la traite d’êtres humains n’est pas un fait divers, c’est un crime qui piétine la dignité humaine et menace le socle même de la société.
Ce lundi 19 janvier 2026, devant le tribunal de première instance de N’Zérékoré, le procès fleuve lié à un vaste réseau présumé de traite humaine a franchi une étape décisive. Sur les 83 prévenus initialement cités dans cette affaire tentaculaire, onze ont comparu pour répondre de faits graves : escroquerie, traite d’êtres humains et association de malfaiteurs. Une audience tendue, parfois électrique, où parquet, défense et juges se sont affrontés autour d’un enjeu central : établir les responsabilités individuelles dans une mécanique criminelle aussi opaque que cynique.
À l’issue des débats, le ministère public a opéré un tri sans concession. Pour six des prévenus, les preuves se sont révélées insuffisantes pour retenir l’infraction de traite. Le parquet a alors requis leur relaxe pure et simple, rappelant que la justice ne saurait se fonder sur des soupçons, aussi lourds soient-ils.
Mais pour les cinq autres, le ton a changé. Très nettement.
Face à Sory Keita, Abdoulaye Diarra, Kamofola Ebelizer, Yara Senya et Ousmane Condé, le procureur n’a pas mâché ses mots. Il leur reproche d’avoir sciemment entravé l’enquête, refusant de livrer des informations sur leurs complices toujours en cavale.
« Cette négation systématique a empêché la manifestation de la vérité », a lancé le ministère public, dénonçant une complicité de mauvaise foi qui, au-delà des individus, protège et perpétue le crime.
Pour ces cinq prévenus, une peine de douze mois d’emprisonnement, dont six mois ferme, a été requise.
Mais au-delà des réquisitions, ce procès pose une question fondamentale : quelle société voulons-nous être ?
La traite d’êtres humains prospère sur la misère, la crédulité et l’absence de scrupules. Elle transforme l’homme en marchandise, la détresse en business, l’espoir en piège mortel. Elle tue parfois, détruit souvent, déshumanise toujours.
Lutter contre ces réseaux n’est donc pas une option morale, c’est une obligation républicaine. Nous ne sommes pas dans un État sauvage, livré à la loi du plus fort et à l’exploitation des plus faibles. Chaque procès de ce type doit servir d’alerte, de dissuasion et de rappel ferme : nul ne peut impunément commercer avec la vie humaine.
L’affaire a été mise en délibéré. Le verdict est attendu ce jeudi 22 janvier.
Quelle que soit l’issue judiciaire, une certitude demeure : la lutte contre la traite humaine doit être constante, implacable et collective. Parce qu’une société qui tolère l’inhumain finit toujours par s’y perdre.
Algassimou L Diallo





































